‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 156 sur 229 · QUE CHAQUE HOMME A TROIS GARDIENS, ET ÛOU CHACUN D’EUX NOUS VIENT · texte numérisé non relu

QUE CHAQUE HOMME A TROIS GARDIENS, ET ÛOU CHACUN D’EUX NOUS VIENT

Il n’y a point d’homme sur terre qui n’ait comme Gardien un triple et bon daïmon : Lun est sacré, le second est de la naissance, et le troisième est de la pro-

fession. Le Daïmon sacré, selon la doctrine des Egyptiens, ne vient point des astres ni des planètes, mais d une cause supérieure, du dieu même maître des esprits, qui l’a assigné à l’âme rationnelle dans sa descente ; cet esprit est universel, au-dessus de la nature. C’est lui qui est le directeur de la vie de l’âme, et qui présente toujours les bonnes cogitations à la pensée, agissant en nous sans cesse et nous communiquant la lumière, encore que nous n’y prenions pas toujours garde ; mais quand nous sommes lavés de nos péchés et que nous menons une vie tranquille, alors nous le reconnaissons, il s’entretient presque avec nous et nous fait entendre sa voix quoique auparavant il gardait le silence en notre présence, et tâche sans cesse de nous faire arriver à la perfection sacrée. Nous pouvons aussi, moyennant l’aide de ce daïmon, détourner la malignité du destin, et si nous l’honorons religieusement par les bonnes œuvres et la sainteté de notre vie, comme nous savons que Socrate a fait, les platoniciens croient qu’il nous donne un merveilleux secours tant par songes que par signes, en détournant les maux dont nous sommes menacés, et en nous procurant et conservant les biens avec un grand soin : c’est pourquoi les pythagoriciens chantant leurs hymnes, prient d’ordinaire Jupiter qu’il les garde de mal ou qu'il leur enseigne quel daïmon le peut faire.

Le second Daïmon est de la géniture ou naissance, qui s’appelle aussi génie ; celui-ci nous vient de la disposition du monde, et du tournant des astres qui passent lors de la naissance. Il y a des auteurs qui croient que l’âme sur le point de descendre dans le corps se choisit ce gardien du chœur des daïmons, et qu elle n’est pas tellement maîtresse de le choisir pour son conducteur, qu’il ne faille encore de son côté qu’il la veuille bien prendre

CORNELIS AGRIPPA

en sa tutelle. Cet esprit est l’exécuteur de la vie et le conservateur ; il la concilie avec le corps, et en a soin après l’avoir communiquée au corps, et il aide l’homme à s’acquitter de l’office à quoi les puissances célestes l’ont destiné en naissant. Par conséquent, tous ceux qui ont reçu un génie heureux sont vertueux dans leurs oeuvres, capables, forts et prospères ; c’est pour cette raison que les philosophes les appellent bien fortunés ou bien nés.

Le Daïmon de la profession est donné par les astres qui président à la profession ou secte à laquelle appartient un homme, et l’âme le choisit tacitement lorsqu’elle commence à user d’élection et qu elle a pris une règle de vie. Ce daïmon change lorsque le changement de profession arrive ; alors, selon la dignité de la profession, on reçoit des daïmons de profession plus dignes et même d’un plus haut ordre, qui prennent soin successivement de l’homme qui s’adjoint progressivement tel et tel gardien de profession à proportion qu’il monte de vertu en vertu. Quand donc notre emploi convient à notre nature, nous sommes assistés d’un semblable daïmon de profession qui s’accorde avec notre génie particulier, et notre vie devient plus tranquille, plus heureuse et plus prospère ; mais quand nous nous engageons dans une profession qui ne revient pas à notre génie, qui même lui déplaît, notre vie n’est que peine et travail, et est traversée par des patrons qui ne s’accordent pas.

(Livre III , chapitre XXII.)

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