TRAITÉ APOLOGÉTIQUE
La Nature qui, par les orbes des quatre Eléments et du ciel, c’est-à-dire par l’univers, règne avec diffusion, a produit, par l’ordre du Créateur suprême, autant d’espèces de choses qu’elle a connu de retraites cachées de
ses mystères ; et elle se cache en tout ce qu elle a voulu tenir éloigné des yeux ou intangible aux mains du vulgaire, non comme le font les avares et les envieux, par le stimulant du vice, mais comme un éperon pour exciter ceux qui sont lents et paresseux à rechercher la vertu, en donnant ainsi du prix aux choses abstruses, et en cachant les choses à trouver, qui deviennent ainsi plus précieuses. Car de même que les choses que l’on trouve devant soi sont sans intérêt, à moins qu elles ne présentent une certaine rareté dans leur apparence, de même celles qui se trouvent soigneusement cachées sont très recherchées à cause d’un certain désir de nouveauté et d’inconstance des âmes, et avec d’autant plus d’ardeur qu’on les trouve très rarement, et ceci, bien souvent, sans avoir égard à la valeur réelle des choses. Or, plusieurs choses se cachent dans le centre de la terre ou dans les cavernes des montagnes, ou sont ensevelies sous le rivage ou dans le fond de l’Océan, de la mer et des fleuves, et que nous estimons d’un grand prix, parce qu’elles sont trouvées beaucoup plus rarement que si elles étaient aussi abondantes que le sable, auquel cas elles ne vaudraient pas plus que ce sable lui-même. Mais il est du philosophe, non seulement d’approfondir les choses qui sont recherchées par le vulgaire, mais encore et surtout celles qui ont été cachées dans les autres espèces de la nature, qu’elles soient communes ou non à leurs yeux. Qui donc, dis-je, a suffisamment recherché la nature de l’homme, c’est-à-dire les biens et les dons tant de l ame que du corps, auxquels, depuis tant de siècles, tant d’astronomes et de médecins se sont occupés, y apportant toutes les inventions nouvelles de ce petit monde, tandis qu’il a pu à peine décrire suffisamment jusqu' ici ce qui se rapporte au corps ? Que ne dirai-je pas ici des mouvements de l’âme ou de
MICHEL MAIER
cette âme rationnelle elle-même, sinon que toutes ces choses, bien qu’elles soient présentes, sont considérées comme se cachant dans un antre obscur ou une prison ténébreuse ? Car les choses hyperphysiques qui concerment cette question sont tellement voilées par l’effort de l’ignorance, qu’il en a été touché à peine quelques mots par les philosophes relativement à leurs causes et aux lois qui les régissent. Les autres œuvres de la nature, par la quantité de difficultés qu’elles apportent, à cause de leur variété, échappent à toute recherche. C’est pourquoi Socrate, ce sapientissime dont les paroles étaient des oracles de jugement, avait pour habitude d’avertir qu’il ne savait qu’une chose, c’était qu’il ne savait rien. Car, de même que la grandeur de cette terre, que nous foulons aux pieds, est énorme par rapport au corps humain, et presque nulle en comparaison du ciel, de même la science de l’homme le plus érudit,' si elle est comparée avec toute la nature, n’est presque rien, tandis qu’aux yeux du vulgaire ignorant, elle paraît considérable. D’où nous pouvons facilement conclure qu’il y a beaucoup plus de trésors cachés dans la nature qu’il n’v en a de véritablement connus des hommes. Et que nul ne croie que toutes les choses cachées puissent être révélées, et qu’un progrès puisse être fait par les sciences et les arts à tel point qu’on ne puisse plus rien découvrir, car l’abondance de la nature est telle que les cercles de la nature sont connexes entre eux et se tiennent comme les anneaux d’une chaîne, laquelle ne se terminera jamais, tant que le monde existera.
(Chapitre premier .)