LE LIVRE DE LA PHYSIQUE RESTITUÉE
Quiconque ne sait pas que l’Esprit qui a tiré le monde du néant et qui le gouverne, qui est répandu et comme inspiré sur les ouvrages de la nature, par un souffle continuel qui se coule et s’insinue au large dans toutes choses, qui fait agir et mouvoir par une action secrète et sans relâche ces mêmes choses en général et en particulier, selon le concours que chacune exige en son genre, quiconque, disons-nous, ignore que ce soit l’âme du monde, ignore les lois de l’univers ; et il faut confesser que ce même Esprit préside à la création et à la conservation.
Néanmoins, ceux qui diront que la nature est une cause seconde universelle, soumise à la première, faisant mouvoir avec ordre toutes choses en ce monde matériel, ne s’éloigneront pas de la pensée des Philosophes qui ont appelé la première nature naturante, et la seconde nature naturée.
JEAN d’eSPAGNET
Ceux qui auront pénétré dans les secrets de la nature, avoueront que cette nature seconde servant à la première est l’esprit de l’univers, c’est-à-dire une vertu vivifiante et seconde de cette lumière qui fut créée dès le principe et recueillie dans le corps du soleil. Zoroastre et Héra elite ont appelé cet esprit de feu et de lumière un feu invisible et l’âme du monde. (§ 5 à 7.)
Il y a eu deux principes des choses créées dès le commencement : l’un lumineux, et d’une nature presque spirituelle ; l autre tout à fait corporel et ténébreux ; le premier pour être le principe du mouvement, de la lumière et de la chaleur ; le second pour être un principe d’engourdissement, d’opacité et de froid ; le premier actif et masculin, le second passif et féminin.
(Id., § 2D.)
Ceux qui, selon l’opinion reçue, admettent de la contrariété dans les quatre éléments, doivent nécessairement en admettre un cinquième qui soit comme un nœud et un lien (ou quintessence) ; autrement ils ne pourraient être capables de recevoir aucun parfait mélange ni aucun tempérament dans l’œuvre de la génération.
Ce cinquième élément est un esprit éthéré, incorruptible, qui est porté ici-bas par la lumière, le mouvement et la vertu des corps célestes, qui prépare les aliments pour le mélange et pour recevoir le souffle de vie, préservant les individus de la ruine et de la corruption, autant que leur stabilité peut le souffrir ; d’où vient que les sages de la philosophie cachée et mystérieuse l’ont appelée le sel de la nature, le nœud des éléments et l’Esprit de l’Univers. (§ ii4)