‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 213 sur 229 · SUR LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

SUR LA VOLONTÉ

Les hommes sont dans les nations, et les nations dans les races, comme les couleurs diverses étalées sur la palette d’un peintre. Le Règne hominal les pose d’abord dans leurs teintes les plus tranchées, pour les mélanger ensuite, et en tirer les teintes adoucies dont il composera son tableau. Ce Règne, comme je l’ai assez dit, est une des trois grandes puissances qui régissent T Univers : il consiste en particulier en ce que j’ai appelé la volonté de l’homme ; mais cette volonté n’est point simple, comme je viens de le faire entendre ; elle agit sur trois modifications, sans lesquelles elle ne pourrait pas se manifester : ces modifications qui sont particulières dans l’homme individuel, sont universelles dans l’homme universel, c’est-à-dire dans le Règne hominal. Le lieu propre de la volonté dans ce Règne, est l’âme universelle.

C’est par l’instinct universel de l’homme qu elle se lie au Destin, et par son intelligence universelle qu’elle communique avec la Providence : la Providence n’est même, pour l’homme individuel, que cette intelligence universelle, et le Destin, que cet instinct universel : ainsi donc le Règne hominal renferme en lui tout l’Univers. 11 n’y a absolument hors de lui que la Loi divine qui le constitue, et la Cause première d’où cette Loi est émanée. Cette cause première est appelée dieu, et cette Loi divine porte le nom de Nature. Dieu est un Ln ; mais comme la Nature paraît d’abord offrir un second principe différent de Dieu, et qu’elle-même renferme un triple mouvement d’où paraissent résulter trois différentes natures, la nature providentielle, la nature volitive et la nature fatidique, il suit de là que l’homme individuel ne peut rien saisir qui ne soit double dans ses principes, ou triple dans ses facultés. Lorsque, par un grand effort de son intelligence, il arrive à l’idée vraie de Dieu, alors il atteint le fameux quaternaire de Pythagore, hors duquel il n'y a rien.

J’ai dit que le Règne hominal, résultat de cette loi divine appelée matière, constituait une des trois grandes puissances par lesquelles l’Univers est régi : la volonté ; et cela doit être conçu ainsi, quoiqu’il contienne aussi les deux autres, qui sont la Providence et le Destin ; parce que c’est la volonté qui le fait être ce qu’il est, et qui, l’inclinant vers la Providence ou vers le Destin, le conduit à l’une des deux fins de la nature qui sont l’unité ou la divisibilité, la spiritualisation ou la matérialisation.

L’essence de la Volonté est la liberté. La nécessité existe également dans le Destin comme dans la Providence ; mais cette nécessité, dont la forme paraît la

FABRE d’oLIVET

même, diffère singulièrement dans le fond. La nécessité providentielle agit par assentiment ; la Nécessité fatidique, par sensation. Le sentiment qui dépend de la volonté adhère librement à l’une ou à l'autre de ces deux nécessités, ou les repousse également pour rester dans son centre. La volonté peut rester dans son centre animique aussi longtemps qu elle ne se divise pas.

Ce qui arrive à l’Homme universel, au Règne liominaî, arrive aussi à l'Homme individuel. La volonté qui meut ce Règne, libre dans son essence, reste également libre dans le moindre des individus humains que la nature physique manifeste ; et remarquez soigneusement ceci : les individus, quoique libres, ne sont pas isolés ; ils font partie d’un tout sur lequel ils agissent, et qui réagit sur eux. Cette action et cette réaction continuelle, qui les rend dépendants l’un de l’autre, forme une sorte de lien qu’on peut appeler solidarité. Les individus sont donc solidaires dans les peuples ; les peuples dans les nations ; les nations, dans les races ; les races, dans le Règne hominal. Une solidarité universelle unit donc le Tout à la moindre de ses parties, et la moindre de ses parties à son Tout. Rien ne peut être détruit, mais tout peut être élaboré. C’est par l’élaboration des individus que s’effectue celle des masses ; et par celle des masses que s’opère celle de l’Ensemble.

( Histoire philosophique du Genre humain . Paris, Brière, i8a4, Tome II, Livre V, Chapitre Ior.)

ANTHOLOGIE DE i/ OCCULTISME

Page 1