‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 212 sur 229 · SUR LES MYSTÈRES · texte numérisé non relu

SUR LES MYSTÈRES

Quels étaient les objets des mystères? Ils étaient uni-versels, et les mêmes dans toutes les nations. Partout c’est un Dieu tué, déchiré, démembré par les géants ; c’est une déesse qui le cherche, qui, en le cherchant, parcourt le monde, qui, en le parcourant, donne les mœurs, les lois, fonde les cités, donne la nourriture, donne les arts, le culte, les rites : c’est un Dieu tué, démembré par les géants, qui, après bien des combats et des douleurs, ressuscite et demeure enfin triomphant et victorieux.

C’est, en Phrygie, Cybèle désolée de l’infidélité d’Athys, qui parcourt le monde en furieuse, et le force à se mutiler, de désespoir de i’infidélité qu’il lui a faite.

En Egypte, c’est Isis, désolée de la mort d’Osiris, que Typhon a tué en trahison, en lui faisant essayer son cercueil, que les géants ont déchiré en pièces, qui parcourt le monde pour en rassembler les membres, qui les rassemble tous, hors le membre viril dont elle consacre une image, et en parcourant le monde, elle lui donne les lois, les arts, le culte, la nourriture ; et Osiris, après bien des peines et des combats, est vainqueur de Typhon et des géants, et ressuscite pour le bonheur du Monde.

En Phénicie, c’est Vénus désolée de la mort d’Adonis, que le cruel Mars a tué, déguisé en sanglier, qui parcourt le monde pour retrouver son corps ; mais Adonis terrasse enfin l’immonde animal, ressuscite glorieux et console Vénus.

En Assyrie, c’est Solambo et Bélus, à qui il arrive les mêmes aventures.

En Perse, c’est Mythras et Mythra.

Chez les Scandinves, c’est Freya et Balder à qui il arrive les mêmes accidents.

A Samothrace, à Troie, en Grèce, à Rome, c’est Gérés, désolée de l’enlèvement de sa fille, qui parcourt le monde, qui ne peut se consoler que lorsqu’elle a vu le gouffre par où Pluton l’a enlevée. C’est Bacchus, tué, déchiré, démembré par les géants, dont Pallas a trouvé le cœur encore palpitant, dont Cérès rassemble les membres, qui ressuscite, parcourt toutes les nations, remplit le monde de ses exploits, demeure vainqueur et prend sa place parmi les dieux.

Ces mystères sont les mêmes dans toutes les nations, et si quelques émigrants illustres portaient aux nations qu’ils abordaient, leurs mystères, ils trouvaient dans ces nations des mystères déjà établis. C’est ainsi que quand les Peslages portèrent dans l’Attique les mystères de Samothrace, ils y trouvèrent déjà établis les mystères d’Eleusis. C’est ce que voulaient témoigner les Athéniens en montrant la pierre triste sur laquelle Cérès s’était assise pour se reposer de ses courses fatigantes en cherchant sa fille : allégorie par laquelle ils témoignaient que les mystères d’Eleusis étaient nés sur le lieu même. C’est ainsi que, quand Dardanus porta ces mystères de Samothrace à Troie, il y trouva déjà établis, sur le mont Ida, les mystères de Cybèle, tenus par les Corybantes. Et qui les a portés dans les affreux pays du nord, s’ils n’y sont pas nés? Quand ensuite Nautes, à la suite d’Enée, les porta dans le Latium, les Latins avaient les mystères d ’Hercule tenus par les Poticiens et les Pinariens. Ceux qui n’ont vu qu’un brigand dans l’antre de

ÀUCLERC

Cacus, ne savent pas lire Virgile et ne font pas grand honneur au vieil Evandre et à tous ses hiérophantes, qui auraient célébré une action si commune par une si grande solennité ; car une pierre lancée d’une fronde, une flèche tirée par Pandare, même caché derrière un antre, comme dans Homère, eût pu délivrer la contrée de ce brigand ; et il n’y fallait pas la force d ’Hercule, et cet exploit ne méritait pas que son autel à Rome, à la suite des nations latines, fût à jamais le grand autel : ara maxima et maxima semper ; et qu’il y eût deux races hiérophantiques attachées à ce culte. Quand ensuite les Nautius apportèrent d’Albe à Rome les mystères de Samothrace, si les Romains choisirent ces mystères, c’est que les principales familles de ce peuple descendant des Troyens, ils furent charmés d’établir chez eux les mystères de leurs ancêtres.

Que résulte-t-il de tout ce que nous venons de dire? Que les hommes ayant dévié de leur règle sont venus en ce monde actuel pour l’expiation d’un crime ; que ce crime est la cause occasionnelle de la manifestation de ce monde par l’action de deux forces contraires ; que sur les traces des combats et de la contrariété de ces deux actions, les hommes ont d’abord mené une vie innocente et pleine de délices ; qu’ils sont ensuite tombés dans la vie sauvage, errante et vicieuse, qu’ils en ont été tirés par les mystères ; vous verrez plus loin que, quand ces mystères sont devenus inutiles, Dieu a détruit le monde. Ainsi il était nécessaire que la Providence, après leur avoir donné ces mystères, eût des moyens de les leur consrver. Ces moyens sont de les avoir confiés dans chaque nation à un petit nombre d’hommes, à des races particulières qui ne se doivent allier qu’entre elles ; c’est ainsi que Plutarque, descendant d’une de ces races, s’allie

avec une fille de sa famille, qu elle en a rendues dépositaires, qu’elle a chargées de les conserver, de les raviver quand ils s’éteignent : tels que les Ghaldéens chez les Assyriens, les Mages chez les Perses, les Prophètes chez les Egyptiens, les Corybantes en Phrygie, les Eumolpides à Athènes, les Nautius à Rome.

XIXe SIÈCLE

FABRE D’OLIYET

Cet auteur , un des plus originaux de son époque , n'a guère été connu et apprécié que depuis une trentaine d'années. Philosophe distingué , il a trouvé dans l’étude des langues beaucoup de principes philosophiques qui ont échappé aux linguistes vulgaires, et il en a tiré tout un système qui compte actuellement beaucoup d’adeptes . Ses œuvres sont trop connues pour que nous nous étendions longument sur lui. Nous donnons de lui une page remarquable sur la puissance de la volonté.

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