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L’ÉVOLUTION DE L’IDÉE

La vie se concentre selon les périodes de l’existence tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre des trois organes sociaux : le Sanctuaire où l’Idée supérieure s’incorpore ; l’Ecole qui l’élabore et la transmet, et le Peuple qui la réalise par Faction. C’est ainsi que, dans le cours de notre existence terrestre, nos prêtres, nos inspirateurs ou nous-mêmes déterminons plus particulièrement nos actes. 11 y a donc des temps où la Science supérieure, l’ésotérisme doit s’effacer devant la liberté humaine appelée à se diriger par ses propres forces : de là les périodes de 1 ’Involution de l’Idée : état théocratique avec initiation individuelle et rare ; — occultation ou occultisme avec initiation mystérieuse — et initiation générale, ère de science religieuse que Christ a inaugurée pour l’Occident.

Toutefois aucun organe ne reste jamais inactif : apparent ou caché, le travail de chacun d’eux est constant ; mais soumis à la loi hiérarchique qui le rattache aux deux autres. Toujours l’idée providentielle, la force centripète domine l’ensemble en le pénétrant de ses germes, de son involution, et se dissimulant davantage à mesure qu’elle lui infuse la vie.

Le Destin conduit les détails par la fatalité de sa loi évolutive ; de gré ou de force, toute individualité doit s’encadrer dans son inévitable trinité : naissance, vie et mort, libre seulement de s’y mouvoir en un sens ou dans l’autre, et à charge de subir quelque jour le jugement du Dieu inflexible :

Aura-t-il su assentir à l’idéal que son existence lui a enseigné, l’individu sera appelé au degré suivant de la vie totale ;

Àura-t-il cru pouvoir résister pour le triomphe de son égoïsme à l’attraction du centre idéal, il sera brisé par la loi de mort dans l’irrésistible tourbillon de retour, et par l’effet de ses actes mêmes.

C’est ainsi que se présente, dans son évolution, l’ensemble de l’Humanité vivante qui n’est qu’une individualité dans les immensités du Cosmos : pleine d’innocence en son premier âge, alors aussi rapprochée que jamais de l’invisible au sein duquel elle dormait tout à l'heure, elle en reçoit encore l’influence presque directe par ses rares prophètes, et ses Initiés venus pour lui transmettre l’éternelle Tradition.

En ce monde invisible (où régnent des forces colossales parce qu’elles sont cosmiques), nos trois Principes fondamentaux sont en jeu comme sur notre monde où nous les avons constatés partout. L’homme qui pénètre dans l’invisible y rencontre donc les éléments inférieurs aussi bien, et même généralement beaucoup plus tôt que ceux moyens ou supérieurs, de sorte que son ignorance ou ses passions le livrent désarmé aux forces les plus dangereuses pour l’organisme humain, la raison et la vie humaine. Tous ceux qui se sont livrés quelque peu aux observations de phénomènes occultes en ont reçu des preuves assez souvent désagréables ou même dangereu-

F. CH. BARLET

ses ; les expériences publiques d’hypnotisme ont ellesmêmes démontré ce danger assez nettement déjà pour que, plusieurs fois, l’autorité ait cru devoir les interdire à la suite de résultats désastreux.

Il peut donc y avoir communication plus ou moins grossière avec l’invisible, mais il n’y aura jamais ésotérisme, initiation, épanouissement conscient de l’intelligence humaine dans le monde des principes sans une science préalable, déjà transcendante, et surtout sans une volonté puissante au service d’une moralité presque parfaite.

La haute initiation est comme la conquête du génie par la sainteté voulue. C’est au sanctuaire qu’elle s’obtient ; c’est du sanctuaire qu’elle lance dans le monde ou ses plus grands messies : Bouddha, Mahomet, Orphée, Moïse, Christ, etc., ou ses plus grandes doctrines : Vedas, Genèse, Cabbale.

Par l’étude impartiale et approfondie de ces monuments gigantesques, de l’Intelligence humaine, étude admirablement préparée par les occultistes modernes, (Fabre d’Ofivet, Wronski, Lucas, Saint-Yves) l’Ecole peut refaire d’abord sur les bases de nos sciences les plus positives, la synthèse de toutes nos connaissances, et par sa propre hiérarchie suspendue au sommet suprême de l’Initiation, hâter la hiérarchie harmonieuse et fraternelle de la société, la svnarchie.

(Essai sur l'Evolution de Vidée, chapitre VII.)

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