XL® SIÈCLE AVANT J.-C
Si l’influence de l’Inde et de la Chine a été à peu près nulle sur l’ésotérisme occidental, du moins l’Egypte peut-elle être considérée à bon droit comme l’inspiratrice de tout l’occultisme européen. L’Egypte fut la patrie par excellence des mystères et des initiations. La Bible reconnaît que Moïse était initié dans toute la sagesse des Egyptiens. Plus tard, Pythagore, Hérodote, Platon, allèrent en Egypte pour y recevoir également l’initiation, et les mystères grecs prirent modèle sur les mystères égyptiens.
Le plus grand secret planait sur l’initiation. Clément d’Alexandrie dit que les prêtres ne communiquaient les mystères qu’au souverain et à ceux qui excellaient en sagesse . Une statue du Musée du Louvre représente un grand prêtre de Memphis, nommé Ptahmer, qui « connaissait les dispositions de la terre et de l’enfer, d’Héliopolis et de Memphis, qui avait pénétré les Mystères de tout sanctuaire dont rien ne lui était caché ; qui adorait la Divinité et la glorifiait dans ses desseins ; qui couvrait d’un voile le flanc de tout ce qu’il avait vu. »
Sous les Ptolémées, à l’époque alexandrine, les mystères égyptiens jetèrent un dernier éclat ; et ce qu’on y enseignait nous a été révélé en partie par le pseudo- Hermès Trismégiste et l’auteur des Hieroglyphica d’Horapollon. Et, bien longtemps après, lorsque les grands temples de Memphis et de Thèbes virent s’écrouler leurs
salles hypostyles et ne furent plus que des monceaux de ruines, et que le sens des hiéroglyphes fui perdu de tous, le prestige de l’initiation égyptienne demeura si vivace, que tous les nomades qui parcouraient l’Europe, au Moyen-Age en disant la bonne aventure, les Bohémiens, les Magyars, les Gitanas, les sorciers de village, les noueurs d’aiguillettes, se réclamèrent de l’Egypte. Au xyiii6 siècle, chacun se disait possesseur de secrets égyptiens. Et quantité de mystagogues s’abritent encore de nos jours derrière ce grand nom pour recommander les produits extravagants de leur imagination.
Cependant, peu de personnes connaissent les textes contenant la doctrine ésotérique de l’Egypte véritable , à laquelle une Egypte fantaisiste a été trop souvent substituée ; et c’est pourquoi il nous paraît indispensable de publier quelques-unes des meilleures pages des papyrus célèbres.
Le monument le plus vénérable de la science mystiq ue et hiératique de V Egypte est le livre, très peu connu en France, traduit en allemand sous le nom de Todtenbuch, dont le nom littéral est « Livre de sortir du jour ». R ne se trouve que dans les tombeaux égyptiens ou dans les momies. On Va considéré à tort comme un rituel funéraire ; c’est au contraire un livre hiératique composé de textes sacrés, réputés d’origine divine. Il contient des annotations antiques qui permettent de fixer à peu près l âge de ce livre : il y est dit qu’un chapitre fut trouvé à Hermopolis au temps du roi Men-ka-râ, constructeur de la troisième pyramide ; un autre fut trouvé dans le pylône du grand temple de This, sous le règne du roi ilousap-ti ÿ en découvrant l’ hypogée de la montagne qu avait fait H oms. Or, Housap-ii est le cinquième j oi de la première dynastie, ce qui fait remonter ce livre
LE LIVRE DE <( SORTIR DU JOUR
à quatre mille ans environ avant J. G. Nous donnons les extraits ci-dessous d’après divers papyrus du Musée du Louvre.