‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 65 sur 229 · TIMÉE DE LOCHES · texte numérisé non relu

TIMÉE DE LOCHES

jours de la même nature, intelligible, modèle de tous les êtres engendrés sujets au changement. On la nomme Idée, et on la conçoit comme telle.

La matière est le moule, la mère, la nourrice, ce qui engendre la troisième essence. Car, en recevant en soi l’empreinte de l’idée, elle forme tous les êtres produits.

Il dit encore que cette matière est éternelle, mais non pas immuable ; qu’elle est par elle-même sans forme et sans figure, mais qu’elle reçoit en elle toutes les formes ; qu’elle devient divisible en devenant corps ; enfin, qu elle est la nature même de la diversité. On l’appelle matière, lieu, capacité.

Il y a donc ces deux causes opposées : l’idée, qui tient lieu de mâle et de père ; et la matière, qui tient lieu de femelle et de mère ; en troisième lieu viennent toutes les choses produites par ces deux causes.

Ces trois choses sont connues chacune d’une manière qui leur est propre : l’idée par l’esprit : c’est la science ; la matière par une manière indirecte que l’on appelle l’analogie ; les êtres engendrés, par les sens : c’est l’opinion.

Avant que de concevoir le ciel formé, il est logique de penser que l’idée, la matière et Dieu, démiurge du perfectionnement, l’ont été avant lui. Comme ce qui se conçoit auparavant vaut mieux que ce qui ne se conçoit qu’après, et ce qui est régulier mieux que ce qui ne l’est point, Dieu, qui est bon, voyant la matière qui recevait l’empreinte de l’idée et se livrait de toute manière, sans aucune règle, à toutes sortes de variations, voulut la soumettre à l’ordre et à des variations régulières, plutôt qu’irrégulières, afin que les différences des corps fussent ordonnées, et ne fussent plus abandonnées au hasard.

Dieu employa dans la formation du monde, tout ce

qui existait de matière ; tellement que le monde comprend tout l’être. Tout est en lui. Il est monogène, parfait, animé et logique, parce que ce qui est animé et logique vaut mieux que ce qui ne l’est point ; sphérique enfin parce que la sphère est la plus parfaite de toutes les figures.

Dieu ayant donc voulu former un être parfait, fit ce Dieu engendré (le monde), qui ne pourra jamais être détruit par une autre cause que par celui qui l’a formé, si jamais il le voulait. Mais il n’est pas d’un être bon de se porter à détruire un ouvrage parfaitement beau fait par lui-même. Le monde subsistera donc toujours tel qu’il est, incorruptible, indestructible, heureux.

Des êtres produits, c’est celui qui a le plus de stabilité et de force, parce qu’il a été fait par la cause la plus puissante, non d’après un modèle fragile, mais d’après l’idée et l’essence intelligible, sur laquelle il a été si fidèlement copié, qu’il est devenu parfaitement beau, et qu’il n’aura jamais besoin d’être réparé.

Il est complet en ce qui concerne les êtres sensibles, parce que le modèle dont il est l’expression comprend en lui les formes idéales de tous les animaux possibles sans exception, étant l’univers intelligible ; et le monde est l’expression des choses sensibles.

Solide, tangible, visible, il comprend, comme tel, lu terre, le feu et les deux moyens : l’air et l’eau. Il est composé de toutes les sortes de corps, qui, tous, sont tellement en lui qu’aucune de leurs parties n’est hors de lui ; et, par là, le corps de l’univers se suffisant à lui-même est hors d’atteinte de toute cause de destruction : hors de lui parce qu’il n’y a rien, et, au dedans de lui, parce que tout y est analogique, et dans une proportion si juste qu’aucune des parties n’est plus forte ni plus faible que

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