TIMÉE DE LOCRES
l’autre, et qu’il n’acquiert ni ne perd rien. Ils restent dans un équilibre immuable par la justesse des rapports ; car, étant donné trois termes à des intervalles proportionnels, le moyen est au premier comme le troisième est au moyen, et, en renversant et en alternant leur ordre et leur place, il est impossible de détruire la proportion parce que l’égalité des rapports subsiste.
Cette harmonie se soutient encore par la figure du monde et par son mouvement : par sa figure qui est sphérique, semblable à elle-même dans tous les sens, et pouvant renfermer en elle toutes les figures du même genre qu’elle ; par son mouvement qui décrit éternellement un cercle. Car il n’y a que la sphère qui puisse, soit en mouvement, soit en repos, être comprise dans un même lieu sans le quitter ni passer dans un autre, parce que tous les points de sa circonférence sont à la même distance du centre. Comme il est exactement uni dans sa surface extérieure, il n’a pas besoin des organes mortels qui ont été adaptés aux autres animaux pour leur usage. Quant à l’âme du monde, Dieu l’ayant d’abord attachée au centre i’a portée jusqu’au delà de la circonférence, de manière qu’elle enveloppe l’univers.
Il la composa en mêlant la forme indivisible avec l’essence divisible. Des deux il ne s’en fît qu’une, dans laquelle furent réunies les deux forces, principes des deux mouvements, l’un toujours le même, l’autre toujours divers.
Ces deux essences étant de matière différente, le mélange ne se fit pas facilement. Les rapports des parties mêlées sont ceux des nombres harmoniques que Dieu a choisis ainsi afin qu’on n’ignorât pas de quoi et par quelle règle l’âme avait été composée.
Il ne la forma point après l’essence corporelle car ,
comme nous l’avons dit, ce qui a la prérogative de la perfection doit avoir aussi celle du pouvoir et de l’ancienneté. Dieu donc fit l’âme avant le corps. Il en plaça d’abord une première unité, qu’on peut représenter par le nombre trois cent quatre-vingt-quatre. Ce premier nombre supposé, il est aisé d’en calculer le double, puis le triple, etc. Tous ces nombres, avec ceux qui forment les intervalles musicaux de l’octave et qui sont au nombre de trente-six, doivent donner une somme de cent quatorze mille six cent quatre-vingt-quinze. Par conséquent toutes les gradations de l’âme sont également au nombre de cent quatorze mille six cent quatre-vingtquinze. Ainsi ces nombres marquent la distribution de l’âme de l’univers.
0 Chapitre Ier)
APOLLONIUS DE THYANES
(l®r SIÈCLE - IO-97 ?)
Ce célèbre philosophe pythagoricien, contemporain de Jésus-Christ, parcourut une grande partie du monde, enseignant une doctrine très élevée et très pure, et faisant des miracles. Il fut considéré comme une incarnation divine, et certains écrivains alexandrins établirent un parallèle entre lui et le Christ. Il est certain qu'il visita tous les lieux d'initiation de V antiquité : le temple d'Esculape, le temple de Jupiter Olympien, l'antre de Trophonius, le temple de Diane à Ephèse, le sanctuaire Orphique à Lesbos; il alla en Ionie, en Egypte, à Babylone , et séjourna quatre mois aux Indes. Philostrate a écrit sa vie, et, de ce document important, nous citerons
APOLLONIUS DE THYANES
la conversation d’Apollonius avec les Brahmanes , et une histoire de démonialiié fort curieuse.