MYSTÈRE DE LA TELETE DE L ONGUENT
Ici, comme dans la synaxie, c’est-à-dire après le saint encensement tout autour du hiéron, après l’hiérologie psalmistique, après la lecture des divins oracles, — on exclut les ordres les plus imparfaits. Puis, l’Hiérarque prend l’onguent, le pose sur l’auguste autel, et le couvre de douze vénérables ailes, pendant que tous, d’une voix pieuse, font retentir la religieuse mélodie inspirée aux prophètes dans leurs divins ravissements. Ensuite, il le bénit par une prière solennelle, pour s’en servir dans les plus sublimes télètes consécratoires, à presque toutes les cérémonies hiérarcales.
(Chapitre IV.)
VALENTIN
Saint Paul avait enseigné que la Gnose est la hase de la religion catholique. Cette opinion fut embrassée avec ardeur par saint Denys VAréopagite et par Clément d'Alexandrie. Des hérésiarques, parmi lesquels on peut compter Basilides , Saturninus, Cerinthius, amplifièrent cette doctrine et en firent le Gnosticisme. Le plus célèbre des Gnostiques fut Valentin, qui faillit devenir évêque catholique. Il avait été initié en Egypte ; il fré-
VALENTIN
quenta l’Ecole d’Alexandrie, étudia passionnément Pythagore et Platon, et composa, de toutes les connaissances divei'ses qu’il avait acquises, une doctrine secrète, passablement confuse et prolixe, où quantité de théories occultes sont enseignées par la bouche d’un Christ purement imaginaire. La théologie gnostique était trop compliquée pour devenir populaire ; celle du catholicisme l’emporta. Cependant le gnosticisme projeta des ramifications obscures qui traversèrent le moyen-âge, et, de nos jours, un essai de reconstitution de l’église gnostique a été tenté , sans grand succès, par un archiviste du Loiret, Jules Doinel. On attribue avec juste raison à Valentin le livre de la Pistis Sophia, ou Fidèle Sagesse, dont nous donnons d’intéressants extraits.
PISTIS SOPHIA
Mes disciples chéris, écoutez ce que je vais vous dire de la connaissance du mystère de l’ineffable. Le mystère de l’ineffable connaît pourquoi est la sévérité et pourquoi la miséricorde ; et ce mystère, c’est lui qui connaît pourquoi est la perdition et pourquoi est l’existence éternelle dans les siècles. Et ce mystère sait pourquoi il y a des reptiles et pourquoi ils doivent être détruits ; et ce mystère connaît pourquoi il y a des animaux et pourquoi ils doivent être détruits ; et ce mystère sait pourquoi il y a des troupeaux, et pourquoi il y a des oiseaux ; et ce mystère sait pourquoi il y a des montagnes et pourquoi elles contiennent des pierres sacrées ; et ce mystère connaît pourquoi il y a la matière de l’or et pourquoi il y a la matière de l’argent ; et ce mystère sait pourquoi il y a la matière de l’airain et pourquoi la matière du fer, et pourquoi la matière du plomb ; et ce mystère sait
pourquoi il y a la matière du verre, et pourquoi la matière de la cire ; et ce mystère sait pourquoi il y a des plantes et pourquoi toutes les matières ; et ce mystère sait pourquoi existent les eaux de la terre et toutes les choses qui sont en elles, et pourquoi la terre existe ; et ce mystère connaît pourquoi existe la mer et les eaux, et pourquoi existent les animaux qui sont dans les mers ; et ce mystère sait pourquoi existe la matière du monde et pourquoi elle doit être complètement dissoute.
Marie la Madeleine s’étant avancée vers Jésus lui dit : u Seigneur, combien d’années du monde contient une année de lumière ? » Et Jésus répondit à Marie : « Un jour de lumière fait mille années du monde des hommes ; ainsi, trente-six myriades d’années et une demimyriade d’années du monde font une année de lumière. Je régnerai donc pendant mille années de lumière, étant roi dans le dernier parastate, étant roi sur toutes les proboles de la lumière, et sur le nombre entier des âmes justes qui auront reçu les mystères de la lumière. Et vous, mes disciples, et chacun de ceux qui ont reçu le mystère de l’ineffable, vous serez avec moi à ma droite et à ma gauche, étant rois avec moi dans mon royaume ; et ceux qui auront reçu les trois mystères des cinq mystères de cet Ineffable, seront rois avec vous dans le royaume de la Lumière. Ceux qui auront reçu les mystères éclatants étant rois dans les régions éclatantes et ceux qui auront reçu les mystères supérieurs étant rois dans les régions inférieures, chacun sera en sa hiérarchie du mystère. »
Marie, continuant de parler, dit à Jésus : « Mon Seigneur, quelle est la forme des ténèbres extérieures ? et
VALENTIN
combien renferment-elles de lieux de châtiments ? » Jésus répondit à Marie : « Les ténèbres extérieures sont un grand dragon qui a sa queue dans sa gueule ; il est en dehors du monde, et il entoure le monde entier. Il enserre une quantité de lieux de jugement, car il s’y trouve douze divisions de tourments cruels ; en chaque division est un Archon, et la face des Archons est différente, et ils se transforment, prenant alternativement la figure de l’un ou de l’autre. Le premier Archon, qui préside à la première division, a la forme d’un crocodile, et sa queue est dans sa gueule, et de sa gueule sort le froid, la peste et toutes sortes de maladies. On le nomme de son nom véritable : Eukhthonin. L’Archon qui est dans la seconde division a la figure exacte d’un chat et il s’appelle, dans le lieu qu’il habite : Kharakhar . Et L Archon qui est dans la troisième division a la face exacte d’un chien, et se nomme en ce lieu : Arkharôkh . Et 1* Archon qui est dans la quatrième division à la face exacte d’un serpent ; il s’appelle, en son lieu : Akhrok har. Et l’Àrchon qui est dans la cinquième division a la face exacte d’un taureau noir ; il se nomme, en son lieu : Markhour. Et EArchon qui est dans la sixième division a la figure exacte d’un sanglier ; on l’appelle, en son lieu : Lamkhamôr. Et l’Archon qui est dans la septième division a la figure exacte d’un ours ; on l’appelle, en son lieu, de son nom réel : Loukhar. Et l’Archon qui est dans la huitième division a la face exacte d’un vautour ; on le nomme, en son lieu : Laraokh . Et l’Archon qui est dans la neuvième division a la face exacte d’un basilic ; il s’appelle, en son lieu : Arkheôkh . Et dans la dixième division se trouvent une foule d’ Archons ; chacun d’eux a exactement sept têtes de dragon, et leur chef suprême se nomme Xarmarôkh. Et dans la onzième divi-
sien se trouvent une multitude d’Archons dont chacun possède exactement sept têtes de chat ; ils ont pour chef un Archon qui se nomme en ce lieu : Rôkhar. Dans la douzième division, il y a une multitude d’Archons, plus nombreux que dans les autres, dont chacun possède exactement sept têtes de chien ; leur chef s’appelle Khrimaôr. Ces Archons des douze divisions, sont placés à l’intérieur du dragon des ténèbres extérieures ; chacun d’eux change de nom chaque heure et change également de visage. Et chacune de ces divisions a une porte qui s’ouvre vers les hauteurs, de sorte que le dragon des douze ténèbres extérieures, qui se composent de douze divisions obscures devient roi de chaque division lorsque la porte s’ouvre vers les hauteurs ; et un ange des régions supérieures veille sur chacune des portes de ces douze divisions ; c’est leou, le premier homme, le gardien de la lumière, le plus ancien du premier ordre ; c’est lui qui est désigné pour veiller sur le dragon et sur tous ses Archons pour qu’ils restent chacun en la division qui leur a été assignée.
SYNESIUS
Ce savant évêque de Ptolémaïs, né à Cyrène , dans la Pantapole , sut allier à la théologie chrétienne la métaphysique pythagoricienne. Sous l’onction des homélies, on sent percer la science de V initié , ce qui n’a pas peu contribué à le faire tenir en suspicion dans l’Eglise. Dans ses hymnes, dans ses invocations mélancoliques : « Encore la lumière ! Encore l’aurore ! Encore le jour bril-
SYNÉSIUS
lant après les sombres ténèbres de la nuit l » on le voit joindre au culte de la Sophia supercéleste, le culte plus vivant des forces de la nature, et il semble que le souffle d'Orphée anime parfois ces vers pleins de volupté et de rêverie. ïl fut l'ami et le défenseur de la belle et malheureuse Hypalhia, si célèbre à Alexandrie. Synésius a écrit plusieurs traités, parmi lesquels celui qu'il a consacré à la théorie des songes, et qu’un Jamblique n’eût pas désavoué.