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SUR LES NOMS DIVINS

Tous les noms de Dieu qu’on trouve dans les livres sacrés sont généralement dérivés des actions, ce qui n’est point inconnu. Un seul nom doit être excepté, c’est celui qui s’écrit par îod, hé, vau, hé (IEYE) car c’est le nom improvisé pour (désigner) Dieu, et qui, à cause de cela est appelé shemha-mephorasch, ce qui veut dire qu’il indique expressément l’essence de Dieu, et qu’il n’y a pas là d’homonymie. Quant à ses autres noms glorieux, ils le désignent par homonymie ; car ils sont dérivés de certaines actions comme on en trouve de semblables chez nous, ainsi que nous l’avons exposé. Le nom même d'Adonaï, qu’on substitue à celui de Iod, hé, van , hé, est également dérivé de seigneurie : L'homme, le Seigneur au pays, a porté, etc. (Gén. XIII, 3o). La différence entre Adôni (mon Seigneur), le noun avant la voyelle i, et Adônaï, noun ayant un a long, est la même que celle qui existe entre Sari, signifiant mon prince, et Saraï, nom de la femme d’Àbrâm (Ibid., XII, 17 ; XYI, 1) ; car ce

sont là des noms emphatiques et qui embrassent aussi d'autres êtres, et on a dit aussi (en parlant) à un ange : Adonaï (mon seigneur) ...ne passe point outre (Ibid., XVIII, 3). Si je t’ai donné cette explication, particulièrement au sujet (du nom) d ’Adonaï, employé par substitution , c’est parce que, de tous les noms de Dieu les plus connus, c’est celui-là qui est le plus exact. Quant aux autres, comme Day y an (juge), Çaddik (juste), Hannoun (gracieux, clément), Ra’houm (miséricordieux), Elohim , ce sont évidemment des noms communs et dérivés. Mais le nom qui est épelé iod, hé, vau, hé, n’a pas d’étymologie connue, et ne s’applique à aucun autre être. Il n’est pas douteux que ce nom glorieux, qui, comme tu le sais, ne devait être prononcé que dans le sanctuaire, et particulièrement par les prêtres sanctifiés à l’Eternel, dans la bénédiction sacerdotale, et par le grand-prêtre au jour du jeûne, n’indique une certaine idée à l’égard de laquelle il n’y a rien de commun entre Dieu et ce qui est en dehors de lui ; peut-être indique-t-il, — selon la langue (hébraïque), dont il ne nous reste aujourd’hui que très peu de chose, et selon la manière dont il était prononcé, — l’idée de Y existence nécessaire. En somme, ce qui fait que ce nom a une si haute importance et qu’on se garde de le prononcer, c’est qu’il indique, comme l’ont dit les docteurs, au sujet de ce nom : mon nom, qui m'est particulier.

Quant aux autres noms, ils indiquent tous les attributs (je veux dire qu’ils n’indiquent pas seulement une essence, mais des attributs), car ils sont dérivés ; et par cela même ils font croire à la multiplicité (dans Dieu), je veux dire qu’ils font croire qu’il existe des attributs et qu’il y a là une essence et quelque chose qui est ajouté à l’essence. En effet, c’est là la signification de tout nom

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dérivé ; car il indique une certaine idée et un sujet non exprimé auquel se joint cette idée. Or, comme il a été démontré que Dieu n’est point un sujet auquel certaines idées soient venues se joindre, on sait que les noms dérivés sont donnés à Dieu, soit pour lui attribuer l ’action, soit pour nous amener à reconnaître sa perfection. C’est pourquoi R. Hanina aurait éprouvé de la répugnance à dire : « Le (Dieu) grand , puissant et redoutable , » s’il n’y avait pas eu les deux nécessités dont il parle ; car ces mots pourraient faire croire à certains hommes qu’il avait des attributs nombreux, aussi nombreux que les actions dont ils sont dérivés ; c’est pourquoi on a prédit que les hommes parviendront à une perception qui fera cesser pour eux cette erreur, et on a dit : En ce jour-là, V Eternel sera UN et son nom sera UN (Zacharie, XIY, 9), c’est-àdire : de même qu’il est un, de même il sera invoqué alors sous un seul nom, celui qui indique uniquement l’essence de Dieu, et ce ne sera point un nom dérivé. Dans les Pirké de R. Eliézer (chap. 3), on lit : « Avant la création du monde, il n'y avait que le Très-Saint et son nom seul. » Remarquez bien comme il dit clairement que ces noms dérivés ne sont tous nés qu ’après la création du monde ; et cela est vrai, car se sont tous des noms qui ont été établis par rapport aux actions de Dieu qu’on trouve dans l’univers ; mais si l’on considère son essence, dénuée et dépouillée de toute action, il n’a absolument aucun nom dérivé, mais un seul nom improvisé pour indiquer son essence. Nous ne possédons pas de schem (nom) qui ne soit pas dérivé, si ce n’est celui-là, c’est-àdire lod, Hé, Vau, Hé, qui est le shem ha-mephorasch absolu ; il ne faut pas croire autre chose, ni donner accès dans ton esprit à la folie de ceux qui écrivent des KamVoth (amulettes) et à ce que tu entendras d’eux ou que tu

liras dans leurs écrits insensés, en fait de noms arbitraires, qu’ils appellent schemoth (noms sacrés) et prétendant qu’ils exigent de la sainteté et de la pureté, et qu’ils opèrent des miracles. Toutes ces choses-là sont des fables, qu’un homme parfait ne devrait pas seulement écouter ; et comment donc pourrait-il y croire?

On n’appelle donc shem ha-mephorash que ce seul nom tétragramme, qui est écrit, mais qu’on ne lit pas selon ses lettres. On lit clairement dans le Vaïdabbar : ainsi vous bénirez les enfants d'Israël (Nombres VI, 23) : « Ainsi, c’est-à-dire, en ces termes ; ainsi , c’est-à-dire, par le shem ha-mephorasch. » On dit également : « Dans la ville sainte on prononce ce nom tel qu’il est écrit ; dans la province par le nom substitué. » Et dans le Talmud, il est dit : « Ainsi veut dire par le shem-ha-mephorasch ». Si (doutant encore), tu demandais : Est-ce réellement par le shem ha-mephorasch, ou seulement par le nom qui lui est substitué? il y aurait pour te renseigner ces mots : Et ils mettront mon nom (Ibid., V. 27), c’est-àdire, le nom qui m’est particulier.

Il est donc clair que le shem ha-mephorasch est ce nom tétragramme, et que c’est lui seul qui indique 2 ’essence (de Dieu) sans association d’aucune autre idée ; c’est pourquoi on a dit à son égard : celui qui m’est particulier. ( Partie I, Chapitre LXI.)

On nous a prescrit la bénédiction sacerdotale, dans laquelle le nom de l'Eternel se prononce tel qu’il est écrit, et c’est là le shem-ha-mephorasch. Il n’était pas su de tout le monde comment on devait le prononcer et par quelle voyelle devait être unie chacune de ses lettres, ni si une de ses lettres devait être redoublée, d’entre celles qui sont susceptibles de l’être ; les hommes instruits se

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transmettaient cela les uns aux autres, je veux dire la manière de prononcer ce nom, qu’ils n’enseignaient à personne, excepté au disciple d'élite , une fois par semaine. Je crois que lorsque les docteurs disent : « ce nom de quatre lettres, les sages le transmettent à leurs fils et à leurs disciples une fois par semaine », il ne s’agit pas là seulement de la manière de le prononcer, mais aussi de l’enseignement de l’idée en vue de laquelle ce nom a été construit, et dans laquelle il y a également un mystère divin.

On possédait aussi un nom qui renfermait douze lettres , et qui était inférieur en sainteté au nom de quatre lettres ; ce qu’il y a de plus probable, selon moi, c’est que ce n’était pas là un seul nom, mais deux ou trois qui, réunis ensemble, avaient douze lettres. C’est celui qu’on substituait chaque fois que le nom de quatre lettres se présentait dans la lecture, ainsi que nous substituons aujourd’hui celui qui commence par aleph , daleth. Ce nom de douze lettres avait sans doute aussi un sens plus particulier que celui qui indique le nom d'Adonaï ; il n’était point interdit de l’enseigner, et on n’en faisait mystère à aucun des hommes de science, mais au contraire on l’enseignait à quiconque désirait l’apprendre. Il n’en était pas ainsi du nom tétragramme ; car aucun de ceux qui le savaient ne l’enseignait jamais qu’à son fils et à son disciple une fois par semaine Mais depuis que les hommes relâchés, ayant appris ce nom de douze lettres, professèrent par suite de cela des croyances mauvaises, comme il arrive à tout homme non parfait, lorsqu’il apprend que la chose n’est pas telle qu’il se l’était imaginée d’abord, on cachait aussi ce nom, et on ne l’enseignait qu'aux plus pieux de la classe sacerdotale , pour s’en servir en bénissant le peuple dans le sanctuaire ; car, déjà, à cause de

la corruption des hommes, on avait cessé de prononcer le shem ha-mephorasch , même dans le sanctuaire :

<( Après la mort de Siméoïi-le-Juste, disent les docteurs, les prêtres, ses frères, cessèrent de bénir par le nom (tétragramme) ; mais ils bénirent par ce nom de douze lettres. » « D’abord, disent-ils, on le transmettait à tout homme ; mais depuis que les hommes téméraires se multiplièrent, on ne le transmettait qu’aux plus pieux de la classe sacerdotale, et ceux-ci le faisaient absorber par les mélodies des prêtres, leurs frères. » Rabbi Tarphou dit : « Un jour je suivis mon aïeul maternel sur l’estrade, et, ayant penché mon oreille vers un prêtre, j’entendis qu’il faisait absorber (le nom en question) par les mélodies des prêtres ses frères. »

On possédait aussi un nom de quarante-deux lettres . Or, tout homme capable d’une idée sait bien qu’il est absolument impossible que quarante-deux lettres forment un seul mot ; ce ne pouvait donc être que plusieurs mots, qui formaient un ensemble de quarante-deux lettres. Ces mots, on ne saurait en douter, indiquaient nécessairement certaines idées qui devaient rapprocher (l’homme) de la véritable conception de l’essence divine, par le procédé dont nous avons parlé. Si ces mots, composés de lettres nombreuses, ont été désignés comme un seul nom, ce n’est que parce qu’ils indiquent une seule chose, comme tous les noms propres construits artificiellement ; et, pour faire comprendre cette chose, on s’est servi de plusieurs mots, car on emploie quelquefois beaucoup de paroles pour faire comprendre une seule chose.

Il faut se bien pénétrer de cela, et savoir aussi que ce qu’on enseignait, c’étaient les idées indiquées par ces deux noms, et non pas la simple prononciation des lettres, dénuée de toute idée. On n’a jamais appliqué audit nom

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de douze lettres ni à celui de quarante-deux lettres la dénomination de shem ha-mephorasch ; celle-ci ne désigne que le nom particulier (tétragramme) , ainsi que nous l’avons exposé- Quant à ces deux autres noms, ils renfermaient nécessairement un certain enseignement métaphysique, et la preuve c’est que les docteurs disent : « Le nom de quarante-deux lettres est très saint, et on ne le transmet qu’à l’homme pieux se trouvant dans l’âge moyen, qui ne se met pas en colère, ni ne s’enivre, ni ne persiste dans ses mœurs mauvaises, et qui parle avec douceur aux créatures. Quiconque connaît ce nom et le garde avec attention et avec pureté, est aimé là-haut et chéri ici-bas ; il est un objet de respect pour les créatures, son instruction se conserve en lui, et il a en partage deux mondes, ce monde-ci et le monde futur. » Tel est le texte du Talmud ; mais combien le sens qu’on attache à ces paroles est loin de l’intention de leur auteur! En effet, la plupart croient qu’il n’y a là autre chose que des lettres qu’on prononce, mais auxquelles ne s’attache aucune idée, de sorte que ce serait par ces lettres qu’on obtiendrait de ces dites choses sublimes, et que ce serait pour elles qu’on aurait besoin de ces dispositions morales et de cette grande préparation dont il a été question, tandis qu’il est clair qu’il ne s’agit, dans tout cela, que de faire connaître des sujets métaphysiques, de ces sujets qui font partie des mystères de la Torah , comme nous 1 avons exposé. ( Partie L Chapitre LXIL)

l ’androgyne primitif

Il faut savoir qu’Àdam et Eve furent créés ensemble, unis dos contre dos ; cet homme double ayant été divisé, il (Dieu) en prit la moitié, qui fut Eve, et elle fut donnée

à l’autre (a Adam) pour compagne. Les mots aath mitzalan (Gen., II, 21) signifient, dit-011, un de ses deux côtés , et on a cité pour preuve hmsknzla (Exode, XXVI, 20, etc.) que le Targum rend par côté du tabernacle, de sorte, disent-ils, qu’il faudrait traduire de ses côtés. Comprends bien comment on a dit clairement qu’ils étaient en quelque sorte deux et que cependant ils ne formaient qu’un, selon ces mots : un membre de mes membres et une chair de ma chair (Gen., II, 23), ce qu’on a encore confirmé davantage, en disant que les deux ensemble étaient désignés par un seul nom : Elle sera appelée ischa, parce quelle a été prise de isch ; et pour faire mieux encore ressortir leur union, on a dit : il s’attachera à sa femme, et ils seront une seule chair (ibid., V, 25). — Combien est forte l’ignorance de ceux qui ne comprennent pas qu’il y a nécessairement au fond de tout cela une certaine idée! Voilà donc qui est clair.

Un autre sujet qu’ils ont exposé dans le Midrasch et qu’il faut connaître est celui-ci : Le serpent, disent-ils, était monté par un cavalier, et il était aussi grand qu’un chameau ; ce fut son cavalier qui séduisit Eve, et ce cavalier fut Sammaël. Ce nom, ils l’appliquent à Satan : ils disent, par exemple, dans plusieurs endroits, que Satan voulait faire faillir notre père Abraham, en sorte qu’il ne consentît pas à offrir Isaac en holocauste, et de même il voulut faire faillir Isaac, en sorte qu’il n’obéît pas à son père ; et, dans cette occasion — je veux dire au sujet du sacrifice d’Isaac — ils s’expriment ainsi : « Sammaël se rendit auprès de notre père Abraham et lui dit : Eh quoi, vieillard, tu as donc perdu ton bon sens, etc. » Il est donc clair que Sammaël est Satan. Le nom, de même que celui de ria hasch (serpent), indique une certaine

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idée ; en rapportant comment ce dernier vint tromper Eve, ils disent : « Sammaël était monté sur lui ; mais le Très-Saint so riait du chameau et de son cavalier. »

Ce qui mérite encore de fixer ton attention, c’est que le serpent n’eut aucune espèce de rapport avec Adam et ne lui adressa pas la parole, mais qu’il ne conversa et n’eut de comunication qu’avec Eve ; ce fut par l’intermédiaire d’Eve qu’il arriva du mal à Adam et que le serpent le perdit. La parfaite inimitié n’a lieu qu’entre le serpent et Eve, et entre la postérité de l’un et celle de l’autre, bien que sa postérité à elle soit indubitablement celle d’Adam. Ce qui est encore plus remarquable, c’est que ce qui enchaîne le serpent à Eve, c’est-à-dire la postérité de l’un à celle de l’autre, c’est, d’une part, la tête et, d’autre part, le talon, de sorte qu’elle le dompte par la tête, tandis que lui le dompte au talon. Voilà donc qui est également clair.

Voici encore un de ces passages étonnants, dont le sens littéral est extrêmement absurde, mais dans lesquels, dès que tu auras parfaitement bien compris les chapitres de ce traité, tu admireras l’allégorie pleine de sagesse et conforme à la nature de l’être. « Au moment, disent-ils, où le serpent s’approcha d’Eve il l’entacha de souillure. Les israélites s’étant présentés au mont Sinaï, leur souillure n’a pas été enlevée. » Médite aussi là-dessus.

Un autre passage qu’il faut connaître est celui-ci : « L’arbre de la vie a une étendue de cinq cents ans de marche, et toutes les eaux de la création se répandent de dessous lui. » On y a déclaré qu’on a pour but (de désigner) par cette mesure l’épaisseur de son corps, et non pas l’étendue de ses branches : « Le but de cette parole, disent-ils, n’est pas son branchage, mais c’est son tronc

qui a une étendue de cinq cents ans de marche. » Par «qodato, on entend son bois épais qui est debout ; ils ont ajouté cette phrase complémentaire, pour achever l'explication du sujet et lui donner plus de clarté. Voilà donc qui est clair aussi.

Il faut aussi connaître le passage suivant : « Quant à Y arbre de la science , le Très-Saint n’a jamais révélé cet arbre à aucun homme et ne le révélera jamais. » Et cela est vrai ; car la nature de l’être l’exige ainsi.

Le passage suivant mérite également que tu l’apprennes : « Et VEternel Dieu prit Vhomme (Genèse, II, 1 5) , c’est-à-dire il l’éleva ; et il rétablit dans le jardin d’Eden , c’est-à-dire, il lui donna le repos. » On n’a donc pas entendu le texte dans ce sens que Dieu l’aurait retiré d’un endroit et placé dans un autre endroit, mais dans ce sens allégorique qu il éleva le rang de son être, au milieu de ces êtres qui naissent et périssent, et qu’il l’établit dans une certaine position.

(. Partie IL Chapitre XXX. j

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