‹ Anthologie des auteurs modernes. V, Recueil de morceaux choisisChapitre 1 sur 19 · AVENUE DE CHATILLON · texte numérisé non relu

AVENUE DE CHATILLON

Tous droits vosorvûs.

OEUVRES DE GEORGES NORMANDY La Poésie sociale contemporaine (Epuisé) L'Heure qui passe. Préface de CLOVIS HUGUES, (Méricant). . . 3 50 Jean Lorrain-. Son enfance, sa oie, son oeuvre. Illustré (Méricant). 3 50 Là Question catalane. Illustré (Bloud). '. r. 1 50 Articles de Paris, Horizons de province. Préface de JEAN A.7ALiîKRT(Gastein>Serge) 3 50 Le Nu à l'Église, au Théâtre et dans la Bue. Préface de GUS-- TAVE KAHN. Illustré (Michaud) . . 3 50 Là Foinouvelle, (avec les Poètes de l'École Française) (Fasquelle). 3 50 Dans la Bataille. Morceaux choisis de M. STEPHEN PICHON, ancien ministre des Affaires étrangères. Illustré (Méricant). '. 3 50 Mlle Myriane, gommeuse. Roman illustré (Publ. littér. ill.). » 60 Les Poètes libertins. Illustré (Michaud) 1 »

Potins et Pantins de la Riviera: Nouvelles (Douville). . ... 1 » Léon Cladel, porlrait d'hier, illustré (Fabre) » 25 Les Chansonniers gaillards. Illustré (Michaud) . 1 » Ferrer (avec Emile Lesueur). Préface d'ALFiiED NAOJOET (Méri--

cant). . ■ 3 50 Le Nu au Salon (1910). Illustré (Méricant). . 4 » Le Nu au Salon (1911). — — 4 »

Le Nu au Salon (1912). - — — . . . ' 4 »

Le Nu au Salon (1913). — — 4 »

Le Nu aux Salons d'Humoristes (1911). Illustré (Méricant). . 3 » Les Poètes humoristes. Illustré (Michaud). 1 » Quatre Maîtresses du Kégent (avec F. Milton) (Méricant) . . 5 » L'Automne d'une fille, roman. Préface de GEORGES LECOMTE

Méricant). . 3 50 Emile Faguet. Illustré. (Méricant) 2 »

DE POINSOT ET NORMANDY L'Échelle, roman (Fasquelle) , 3 50 Tchérikof, roman (Carrington), 12 caux-forlcs de Van Maèlc . 40 » Les Vautours, roman (Ferdinando) (sous presse) » » La Mortelle Impuissance, roman (Fasquelle) 3 50 La Faillite du Rêve, roman (Fasquelle) 3 50 Sur les tendances de la poésie nouvelle ; Aniide Jioyer, essai

de biographie sociale; La Roman et la Vie; le Congrès des

Poètes de 1901. A brochures, (épuisées) » »

Anarchistes. 3 actes (Grand Théâtre de Lille 1905) 1 » Les Vaincues. 3 actes (Comédie-Royale 1909) . 1 » Mâles. Goules (Librairie Universelle) 3 50 Les Poètes sociaux. Illustré (Michaud). - ,..'.. i » Les Poètes patriotiques. Illustré (Michaud) 1 » IJO Peuple. Roman (en préparation) » »

Amours. Contes (Méricant) » 95 Le Pastel enchanté. Roman (en préparation) » »

L'an mil huit cent cinquante, le cinq août à huit heures du malin, est né au hameau de Miromesnil, commune de Tourville-sur-Arques, canton cl'0 ffranville, arrondisse-ment de Dieppe, département de la Seine-Inférieure, un enfant du sexe masculin qui a reçu les prénoms de Henri-- René-Albert-Guy, et dont le père est le sieur de Maupas-sant Gustave-François-Albert vivant de son revenu, et la mère la dame Le Poiltevin, Laure-Marie-Geneviève, vivant de son revenu, tous deux domiciliés au château de Miromesnil, section de celle commune.

Certifié le présent extrait conforme aux indications portées au registre par Nous, soussigné, maire et offi-cier de la commune de Tourville-sur-Arques.

Ce document produit par M. Edouard Maynial, en- 1908, au cours d'une intéressante polémique, G : GUY DE MAUPASSANT désigne « d'une façon définitive » et « sans répli-que » officielle possible, le lieu où naquit Mau-passant. Je n'aurais qu'à m'incliner très bas si les documents de l'étal-civil, établis en province sur-tout et il y a soixante ans; étaient indiscutables en fait. Je dis, en fait, car officiellement Guy de Maupassant est et demeurera natif de Miromesnil.

Or, une légende Hotte autour de ce glorieux berceau. Cette légende se distingue de beaucoup d'autres par quelques témoignages, sinon par quelques documents, qui lui donnent une appa-rence moins vaporeuse qu'aux légendes ordinaires. Si, bien involontairement et par la volonté de M. Paul Mathiex, je fis naître un assez vif émoi chez les biographes de l'auteur du Horla (1) je ne (1) Voici l'essentiel du premier article que publia là-dessus M. Paul Mathiex dans la Presse du 10 février 190S :

Où naquit Maupassant?

Un petit problème d'histoire littéraire.

On naquit Maupassant? La question peut paraître.oiseuse et même saugrenue. Tous les dictionnaires (sic) n'indiquenl-ils pas que l'écri-vain vit le jour au château de Miromesnil, en 1850?

Les biographes du romancier sont d'accord sur ce point. M. Edouard Maynial écrit, dans son étude si consciencieuse sur la Vie et l'OEuvre de Guy de Maupassant :

« Hcnri-Hené-Alberl-Guy de Maupassant naquit le 5 août 1850, au « château de Miromesnil, commune de Tourville-sur-Arques, dans « la Seine-Inférieure, à 8 kilomètres de Dieppe.

« Le château de Miromesnil n'appartenait pas à la famille de « Maupassant, qui l'avait pris en location. »

C'est également ce que dit M. Louis Couard, en tête de l'édition songeai jamais à mettre en doute la documenta-tion parfaite des lettrés consciencieux et fervents que sont MM. Louis Couard et Maynial. Je me sou-viens seulement de ce que j'ai entendu dire maintes des oeuvres complètes, d'après les manuscrits originaux, dont il vient d'entreprendre la publication.

De même, le baron Albert Lumbroso, au cours de son intéressant recueil de Souvenirs sur Maupassant, publié à Rome en 1905. Aussi, n'ai-je pas été peu surpris de lire, dans l'ouvrage que M. Georges Normandy a récemment consacré à Jean Lorrain : « Il (Lorrain), est, sur ce point, l'égal de cet autre glorieux « Fécampois, Guy de Maupassant.

Et en note, au bas de la page :

« En dépit de ce qui fut souvent imprimé, Guy de Maupassant « est « né à Fécamp même » (rue Sous-le-Bois), dans la même rue que « Jean Lorrain. »

^ Que l'auteur de « Bel Ami » eût connu l'écrivain du « Vice Errant », on le savait; mais qu'il fût son compatriote, qu'il fut né dans la même rue, voilà qui peut s'appeler une révélation. D'autre part, l'acte de décès de Maupassant, tel qu'il ligure à la mairie du seizième arrondissement, à Paris indique que le grand écri-vain est né à Sotteville près d'Yvetot.

Trois lieux différents : Miromesnil, Fécamp, Sotteville! On voit que la question : « Où naquit Maupassant? » peut être posée. ^N'est-il pas étonnant, enfin, que jamais aucun de ses biographes nait publié son extrait de naissance?

Sept villes, jadis, se disputaient l'honneur d'avoir donné le jour à Homère. Mais, dix siècles avant Jésus-Christ, les Grecs avaient le droit d'ignorer les registres de l'étal-civil qui ne sont, d'ailleurs, tenus régulièrement en France que depuis peu. On a davantage le droit d'être surpris de l'incertitude qui subsiste en ce qui touche le lieu de naissance du grand romancier qui fut notre contemporain. On ne s'attendait certes pas à ce qu'une telle question pût jamais être posée et faire l'objet des recherches de 1 « Intermédmire des Curieux », qui a pour but et pour mission de trouver une solution aux problèmes historiques les plus embrouillés — Paul MATHIEX. fois jadis, durant ma douce enfance, dans cette ville de Fécamp, petite par son étendue, grande par son passé, son présent et son aspect, assez féconde en notoriétés de toutes sortes et assez sévère à leur égard pour ne point pratiquer je ne sais quel racolage de gloires. Qu'ai-je donc entendu? Ceci :

Guy de Maupassant, né à Fécamp, rue Sous-le-- Bois, fut transporté, peu de temps après sa nais-sance, au château de Miromesnil que la famille de Maupassant avait pris en location — et cela parce que la mère ne se souciait point de voir son enfant devenir citoyen d'une « ville de commerçants et de saleurs », dans laquelle son frère (Alfred Le Poittevin), au grand désespoir de Flaubert, s'était si tragiquement consumé, malgré tous ses dons, avant de mourir (deux ans plus tôt). Voilà tout le mystère. Histoire ténébreuse? Cancan de Fécamp? Médisance ou invention puérile? Il se peut. Néanmoins, attendez.

1° L'acte de décès du romancier de Notre Coeur, tel qu'il figure à la mairie du XVIe arrondissement de Paris, est rédigé comme suit :

L'an mil huit cent quatre vingt-treize, le sept juillet, à neuf heures du malin, acte de décès de Henri-René-Albert Qui/ de Maupassant, âgé de quarante-trois ans, homme de lettres, né à Sotteville, près Yvetol (Seine-Inférieure), domicilié à Paris, 24, rue Boccador-, décédé le 6 Juillet courant à neuf heures du malin, fils de etc.

, 2°Ledictionnaire Larousse, entre autres, affirme :

MAUPASSANT [san] (Guy de), romancier français, né à Fécamp (l\

MM. Louis Couard et Edouard Maynial n'ignorent pas cela. Ce dernier, dans son précieux et clair ouvrage : La Vie et l'OEuvre de Guy de Maupas-sant, déclare :

« La date et le lieu de sa naissance (il s'agit de Guy de Maupassant) ont donné lieu à plusieurs erreurs ou con-fusions dans certains dictionnaires de biographie. Peut-être ces erreurs proviennent-elles de Vacle de décès de Maupassant, telqu'il figure à la mairie du seizième arron-dissement » (2).

Je ne vois pas comment Sotteville aurait pu se métamorphoser en Fécamp, pendant le trajet de la mairie de Passy à la rue du Montparnasse.

(1) Petit Larousse illustré (1906), p. 1452, c. 2, et toutes autres éditions. M. Conard écrivait (La Presse, 1" mars 1908) naguère : « Je « comprends que l'affirmation de M. Normandy, faisant naître l'écrivain o à Fécamp, ait. encore augmenté la surprise de vos lecteurs, car la « Revue Larousse de 1900 lui faisait voir le jour à Yvelot et l'acte de « décès indiquait, né à Sotteville. » C'est une quatrième hypothèse, de laquelle, pour ne point compliquer encore plus la question, j'évite de faire état.

(2) Ed. Maynial, La Vie et VOEuvre de Guy de Maupassant (« Mercure de France »), p. 16. 4 0 — au y DE MAUPASSANT

Quant à M. Conard, il indique :

« C'est à Rouen, en causant avec M. Pinchon (le « La Toque » de Mouche, dans l'Inutile Beauté) que je sus tout de suite quelle direction je devais donner à mon édition. En effet, personne mieux que M. Pinchon ne connut tes idées personnelles de Maupassant. Quand le grand écrivain, fatigué de son grand labeur et de la vie parisienne, allait se reposer à Etretat, il descendait à Rouen et séjournait pendant quelque temps chez son ami d'enfance, son gai compagnon des parties de cano-tage à Bougival. C'est chez M. Robert Pinchon qu'il descendit après la publication du Ilorla, et c'est dans l'intimité joyeuse de cette vieille amitié que Maupas-sant apprit à son camarade, en pouffant de- rire, l'effet que produisit la nouvelle sur ses lecteurs. C'est en me contant ces souvenirs que M. Pinchon étala devant moi l'image d'un château et me dit : « Voilà le château de Miromesnil. Maupassant est né dans l'aile droite de ce château. » Ce détail venant d'une telle personnalité me suffisait, et je priai aussitôt le peintre graveur Jean-niot de fixer, en remarque, sur la planche de cuivre du portrait de Maupassant, le château de Miromesnil pour former le frontispice de Boule-de-Suif » (1).

Ce qui précède rend un hommage mérité à la personnalité de Robert Pinchon et montre, une fois de plus, la conscience et l'art du parfait édi--

(1) Solution d'un petit problème UUéraire(LaPresse, 1" mars 1908). GUY DE MAUPASSANT r =^ H tour qu'est M. Louis Conard. Mais cela n'entame guère la... légende.

Par contre, M. Félicien Ghampsaur écrivait dès 1885 :

« Mlle Lepoitevin(sï'c) de Fécamp était assez riche pour épouser un noble; elle devint femme de M. de Maupas-sant, un homme d'esprit, cle coeur, de fougue, dépensier et galant. Quand ils se séparèrent à l'amiable, deux fils étaient nés. La mère, un peu entichée d'aristocratie, avait nommé le premier Guy et le second Hervé. Celui-ci tient du père; Guy procède davantage de la mère. De sens pratique, raisonné, mais d'intelligence fine, elle poussa Guy à écrire » (1).

Je n'accorde pas à la littérature de M. Champsaur plus de valeur qu'elle n'en comporte; mais ici, où il ne s'agit nullement d'art littéraire, on ne peut nier que ces lignes, écrites il y a vingt-huit ans, con-firment assez nettement la vieille thèse fécampoise.

Que conclure? Rien. D'une part, les gens qui avaient vingt ans lorsque Maupassant naquit sont inutiles ou morts. D'autre part, il semble difficile d'expliquer avec précision les erreurs cle l'acte de décès (2) et des dictionnaires. Poser la question n'est pas, ici, la résoudre.

(1) Félicien Champsaur. Le Massacre (Denlu, 1885), p. 9-10.

(2) 1' n'y a Pils <l<ie des erreurs* dans cet acte de décès extraordi-naire. Il y a aussi des omissions étranges.

Maupassant est mort à Passy, 17 rue Berton, dans une maison de

Officiellement, Guy de Maupassantvint au monde le 5 août 1850, au château de Miromesnil.

Pourtant, il ne nous est pas encore impossible de croire, officieusement, c'est entendu, qu'il soit né rue Sous-le-Bois, à Fécamp, un peu auparavant.

Au reste, la chose n'a qu'une importance secon-daire : elle n'en aurait aucune si tout ce qui touche à nos illustrations ne prenait immédiatement, dans nos âmes pieuses, une signification exceptionnelle. Ne nous attardons plus à ce jeu d'érudits trop minutieux.

'Guy de Maupassant est normand, normand du pays de Caux. Cela est sûr. Cela seul importe. Cela nous suffit. Il est de la grande Lignée de « chez sanlé bien connue. L'acte ne le mentionne pas, mais fait étal du domicile du maître, — ce qui aurait dû suffire pour que la manie du XVI' arrondissement refusât l'enregistrement du décès : la rue Boccador faisant partie du VIIIe arrondissement.

Le registre de l'élat-civil du XVI 0 porte sous cette déclaration les signatures de MM. Henry et George.

Résolu à pousser aussi loin que possible mon enquête j'ai pu joindre M. Henry, qui occupe actuellement et avec autorité le poste de chef du personnel de la maison Roblot (pompes funèbres) à Paris, rue du Louvre. Avec une exquise amabilité M. Henry s'est mis à ma dispo-sition. Sans pouvoir autrement préciser et après s'être fortement étonné des irrégularités de l'acte de décès, il a résumé ainsi sa pensée :

— En ce qui concerne le lieu de naissance, nous n'avons pas pu l'inventer. De plus notre coutume est, non seulement de nous rensei-gner auprès des plus proches parents du définiI, mais encore, étant donné.le trouble fréquent de la plupart des proches, de ne faire notre déclaration que d'après des pièces probantes. Mes souvenirs, à vingt et un ans de dislance, sont fatalement un peu vagues; pourtant ils ne me remémorent rien d'anormal. Les choses ont dû, par conséquent, se passer très normalement et je ne comprends pas plus que vous ces irrégularités et ces confusions fort rares. nous », une Lignée qui plonge ses racines jus-qu'aux brumes des septentrions légendaires, et qui, d'âge en âge, a toujours stupéfié le monde par le nombre, la grandeur et la solidité de ses gloires. Pour nous borner à la Littérature (il en va de même dans tous les domaines de l'activité humaine, sans exception) souvenez-vous!...

Si la pensée grecque et latine n'a pas péri, nous le devons autant à nos moines scribes du vu 0 siècle et des siècles suivants qu'aux intellectuels chassés de Byzance par Mahomet IL La renaissance nor-mande précéda la renaissance française, comme Eric-le-Rouge précéda Colomb, Le premier chef-d'oeuvre français, la Chanson de Roland, est l'oeuvre de Turold, le premier poète héroïque, né à Avranches. Fontenelle-Saint-Wan-drille, Jumièges, Saint-Taurin, retinrent dans leurs cloîtres plus de 1.200 clercs savants et copistes. En 1001, naît l'abbaye de Fécamp, où Herbert crée la Fête aux Normands, qui sera célébrée durant sept siècles — la Fêle aux Normands, la fête de la gloire litté-raire, où l'on combat à coup de rimes, comme on combattit jadis à coups d'épée, pour rien, pour le « chapel de roses », le « chapel de lauriers », le lys ou la palme — pour la Gloire, toujours! Et l'école du Bec avec Lanfranc, Sainf-Evroul avec Orderic Vital, Saint-Etienne de Caen avec Arnould et l'immense Robert Wace, le Mont-Saint-Michel avec Robert de Thorigny et Robert de Tombe-laine, etc!... La poésie monastique est née; elle devient féodale avec nos romans épiques, popu-laire avec nos fabliaux, débraillée, un peu foile grâce à Haiseau, à qui La Fontaine fera des emprunts, Roger d'Andeli et l'auteur de la Glej d'Amours, notre Ovide! Et voici pêle-mêle, à tra-vers les âges et choisis malaisément dans une for-midable multitude de gloires pures : Thibaut de Vernon, le plus ancien trouvère connu; Henri I01', Beauclerc; Geoffroy, abbé, mort en 1146, l'auteur de la première pièce tragique écrite en notre langue; Beneoisde Sainte-More, à qui nous devons l'adorable idylle des Amours d'Harlelte; Guil-laume Le Clerc, qui fu nojvnanz: Jean de Boves; Adam Le Clerc; Gautier d'Argies, l'illustre; Jean Renault, ancêtre de Segrais; Jean de Courcy; Raoul Degoncourt; Alexandre de Bernay, qui créa VAlexandrin; Basselin et Jean Le Houx, qui nous dotèrent du vau-de-vire; Luc de la Barre, initia-teur de la poésie satirique; Alain Chartier, le pre-mier poète patriotique ; Pierre Gringoire, le pre-mier poète politique ; les Scudéry, les premiers romanciers historiques, etpuis, et puis, en désordre, comme il sied aux cohortes : Mme de Motteville, Mézeray, l'abbé de Vertot, l'abbé Cochet, Albert Sorel, Gasté, Wallon, de Vesly, Fontenelle, qui ouvre la. voie à la littérature scientifique; Léopold GUY DE MA UPASSANT Z ' ; = 15 Delisle, Rémy de Gourmônt, Vauquelin de la Fres-naye, qui devance Boileau; Mathurin Régnier, de pure race normande; Jacques du Lorens, Angot de l'Esperonnière, P.-G. Blessebois, Bernardin de Saint-Pierre, Jean Marot, père de Clément, Malherbe, Corneille, Saint-Amand, Benserade, Brébeuf, Boisrobert, Chaulieu, Saint-Evremont, Casimir Delavigne, Malfilâtre, Chênedollé, Barbey d'Aurevilly, Bouilhet, Flaubert, Jean Lorrain, le plus grand descriptif français; Glatigny, Le Vavas-seur, les F rémine, Henri Beauclair, Lucie Delarue-- Mardrus, Albert Boissière, Arnoukl Galopin, qui sait écrire et naviguer comme Lodbrog; Charles-, Théophile Féret, Jehan Soudan- de PierrefiUe, Alphonse Allais, Jean Revel, dont l'oeuvre, clas-sique dans les universités anglaises et dans plu-sieurs écoles de France, embrasse la vie de notre Race depuis les ténèbres de la préhistoire jusqu'à la torride lumière cle nos gloires d'aujourd'hui et de demain; Paul Harel, Paul Labbé, Georges Lebas, les Millet, P.-N. Roinard, Achille Paysant, Gaston de Raismes, Schalk de la Faverie, Alfred Rossel, Jules Tellier, Robert de la Villehervé, J.-L. Houx, Le Révérend, Adolphe Vard, grais-seur de wagons, qui voulut, lui aussi, sa part de gloire et l'obtint; Léo Trézenik, Daniel de Venan-court, Edward Montier, Georges Dubosc, Jac-ques Héliertot... Vous croyez que c'est fini? Allons donc! Notre histoire littéraire ploie sous les gloires comme nos vieux pommiers trébuchent sous les pommes — et je pourrais longuement poursuivre.

Cette énumératioh suffit pour que le lecteur^non prévenu puisse conclure à l'extrême complexité de la mentalité normande. Les Cauchois, les Nor-mands sauront seuls retrouver, parmi tant de forces apparemment divergentes, les caractères à peu près immuables du type et du cerveau normands.

Car, à travers -patrie et temps, la Race est une et la psychologie et la physiologie de Guy de Maupassant sont assez nettement caractéristiques. Oui, je sais... Les érudits méticuleux m'opposeront que Guy cle Maupassant était lorrain par son père, que son nom même appartenait à une ancienne famille qui, anoblie par l'empereur François, époux de Marie-Thérèse, se fixa en Lorraine à la suite de Marie Leczinska. Je répondrai que cela n'a aucune importance, que la famille de Laure Le Poittevin était beaucoup plus racée que celle de Gustave cle Maupassant, et (sans me faire l'écho d'une légende qui mettrait en cause ici Gustave Flaubert) qu'il n'est ni niable, ni contesté, que Guy de Maupassant soit essentiellement normand. « C'est certainement le caractère normand qui a prédominé chez Mau-passant » constate Hugues le Roux (1). « Lorrain

(1) Portraits de Cire, p. 81. (Lecène et Oudin), 1891.

Cliché Jourdain LA IT.AliE DE FÉCAMl'

ETRETAT EN 1888 (Photographie inédite) par son père, Normand par sa mère, Guy subit surtout l'hérédité maternelle » affirme Edouard Maynial (1) qui ajoute : « La Normandie où il fut élevé, la première éducation qu'il reçût tout entière de sa mère devaient profondément influencer son caractère ». Abel Hermant insiste ; « Je ne crains pas que l'on chicane à Maupassant la 'qualité de Français ; mais ce qui saute d'abord aux yeux, c'est sa qualité de Normand. Il en eut lui-même pleine conscience... Il ne faudrait qu'un peu d'oreille pouf deviner son origine,, rien qu'à l'accent particulier que prend sa voix, quand il parle des choses de sa petite patrie. A son habituelle justesse d'intelli-gence et d'observation une autre d'acuité s'ajoute alors : la sympathie — je l'entends au sens étymo-logique, au sens le plus étendu comme le plus propre du mot » (2). Et Félicien Champsaur, qui le fait peut-être exprès, imprime même sans hésiter : « Sa famille est normande » (3). Nous verrons que ce barbare, très fidèle à sa Race, s'est désintéressé de ses origines lorraines et, en dépit de la légende recueillie par les Goncourt, qu'il ne tira jamais vanité de sa noblesse, du titre de marquis qu'il aurait pu porter, qu'il eut si peu la folie des gran-deurs qu'il laissa mettre son nom sous le titre

(1) Là Vie et l'OEuvre de Guy dé Maupassant, p., 18. ' •-

(2).Essais de critique, p.: 370-371 (Bernard Grasset), 191^

(3) le Massacre, p. 9. d'administrateur général en pleine manchette de l'irrespectueux journal L,e Chat noir que publiait Salis. S'il exigea un jour la cessation de cette facétie, qui l'enchantait d'abord, nous verrons que ce fut pour des raisons n'ayant rien à voir ni avec l'orgueil de son patronyme, ni avec un souci (même tardif) à l'égard de son ascendance lorraine. Au surplus, se fût-il vanté :— ce à quoi jamais il ne songea, — d'être Lorrain que tous ses actes, toutes ses. pensées, toutes ses pages le démen-tiraient, — alors qu'il s'est vanté en maintes cir-constances, et très explicitement, dans son oeuvre, d'être Normand. Rappelez-vous Les Bécasses, dans Monsieur Parent :

« ... Ces deux géants (les d'Orgemol), ces deux Nor-mands des premiers temps, ces deux mâles cle la vieille ' et puissante race des conquérants qui envahit la France, prit et garda l'Angleterre, s'établit sur toutes les côtes du vieux monde, éleva des villes partout, passa comme un flot sur la Sicile en y créant un art admirable, battit tous les rois, pilla les plus fières cités, roula les papes dans leurs ruses de prêtres et les joua, plus madrés que ces pontifes italiens, et surtout laissa des enfants , dans tous les lits de la terre... »

et plus loin :

« ... Quand nous sommes ensemble, nous parlons patois, nous vivons, pensons, agissons en Normands, GUY DE MAUPASSANT z= 21 nous devenons des Normands terriens, plus paysans que nos fermiers ».

Cette fierté racique de Maupassant,. M. Abel Hermant, dans l'étude qu'il lui consacre à la fin des Essais de Critique — laquelle, par ailleurs, res-tera comme une merveille cle finesse et de préci-sion — cette fierté normande, M. Abel Hermant la qualifie « orgueil naïf » et «nerveuse éloquence de chauvin ». Il est possible ; mais, avec ou. sans talent, nous avons tous cette fierté-là, nous autres,.— et cette évocation du passé, des exploits des ancêtres, de la gloire de la Race, vous la trou-verez sans peine chez tous les écrivains de chez nous dignes de ce nom, sans aucune exception, et, pour nous limiter aux temps modernes, de Bar-bey d'Aurevilly à Lucie Delarue-Mardrus, en pas-sant par Flaubert, Jean Lorrain, Charles-Théophile Féret, Jehan Soudan de Pierrefitte et cent autres, et tous les autres, des vieillards aux jeunes gens qui débutent par un chant en l'honneur de leur Race, tels Gaston Le Révérend ou Gabriel-Ursin Langé. Bien que ce ne soit pas mon dessein de faire ici de la littérature comparée, je juge utile de rapprocher quelques textes montrant aux incrédules possibles l'identité de nos « orgueils naïfs » et la similitude de nos « éloquences nerveuses et chauvines » :

« Aucune race n'a mieux manifesté la beauté de cette force divine qu'est l'énergie humaine. Les Vikings savent « vivre intelligemment la vie dangereuse ». Ils la vivent avec fougue, mais avec prudence. Aventuriers, ils jouent avec le risque, mais ne lient partie qu'à bon escient. Leur jeu, très serré, ne livre rien au hasard, rien à ce décevant partenaire, à ce louche adversaire des/belles réussites. Téméraires dans l'entreprise, cir-conspects dans l'exécution, ne désespérant jamais dans la détresse, ils bravent à chaque instant le péril, et leur existence s'exalte jusqu'au paroxysme, grandie — on le dirait — de toutes ses victoires sur la Mort. Devenu héros, l'homme transforme en laurier le cyprès ». — JEAN REVBL. Le Panégyrique de la Normandie (1). .-'■«... Quant aux « horzains », qui feraient la petite bouche devant mes sèches et promptes énumérations, qu'ils m'excusent : la place m'a manqué pour préparer la sauce, et j'eus tout juste le temps de nommer les plats et cle passer. Nous Normands, nous délectons les narines rien'qu'au fumet de ces vieux noms d'ancêtres :

0 mes aïeux, petits poètes d'autrefois! (2)

« Ceux qui se voudront repaître de mets plus subs-tantiels peuvent en avoir à leur faim chez les libraires. Là encore, ils trouveront nos gens : écrire est fonction

(1) Prononcé à la Sorbonne le 10 juin 1911. (Lecerf fils, à Rouen), p. 15-16.

(2) LE VAVASSEUR, Dan.i une bibliothèque normande. normande, vendre des livres aussi, car le métier est cou-tançais, ou le fut. Plus les détracteurs de nos provinces parleront.de paradoxes géographiques, plus fièrement nous nous camperons sur la porte de notre héritage. ' J'avoue que notre sang coule à flots vers Paris par la rigole de l'émigration; qu'ainsi notre effort d'art s'épar-pille ; qu'en tant que Normands nous mourons tous les jours un peu... Mais je dirai avec M. Quillard : « Il n'est pas négligeable que des poètes d'une même région veuil-lent vivre d'une commune vie intellectuelle. » Chez d'aucuns de nous, sans rien ôter à un patriotisme fran-çais profond, calme et raisonné, le Normannysme vivra toujours ». — CHARLES-THÉOPHILE FÉRET. Anthologie des Poètes normands contemporains (1).

«... Cette bouffée de brise marine, capiteuse et nos-talgique comme un parfum de maîtresse adorée, qui traverse tous les livres de Pierre Loti, nul n'a peut-être plus de raisons que moi pour la reconnaître au passage, et la humer avec délices. Fils et petit-fils de marins moi-même, né et élevé au bord de cette immensité où tous les miens, de père en fils, étaient avant moi capi-taines au long-cours, j'ai dans les veines du sang de ces résignés aventureux, héroïques inconscients que sont, dans mon pays, les pauvres gens de mer. » — JEAN LORRAIN. Gens de Mer (2).

(1) Floury. Paris, 1903.

(2) L'Événement, 10 mars 1889. Normandie lierbagère éclatante et mouillée,.

Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays, Nous voulons venir vivre un jour, doux et vieillis, Parmi tes prés, au fond d'une maison rayée, Et, possédant un clos planté de beaux pommiers, Quelques bètes, des blés et du cidre en barriques, Essayer que nos coeurs, comme ceux des fermiers, Se fassent.plus noueux et plus durs que des triques. ... Afin, quand nous mourrons que notre corps s'enlise Au coeur du sol natal par la pluie arrosé, Sous les pommiers, autour, de la petite église, Où dort profondément ma Race au nez rusé, Et, qu'étant au milieu des femmes et des hommes Qui vécurent tassés dans un même horizon, Il tombe sur nous tous, selon chaque saison, Les fleurs de ces pommiers, leurs feuilles ou leurs pommes.

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