‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 30 sur 52 · ORAISONS FUNEBRES · texte numérisé non relu

ORAISONS FUNEBRES

L'Hôtel de Rambouillet.

QUAND la nature ne lui aurait pas donné tous ces avantages, elle ( Juhe d'Angennes) aurait pu les recevoir de l'éducation ; et pour être illustre, il suffisait d'avoir été élevé par madame la marquise de Rambouillet. Ce nom, capable d'imprimer du respect dans tous les esprits où il reste encore quelque politesse ; ce nom qui renferme je ne sais quel mélange de la grandeur romaine et de la civilité française ; ce nom , dis-]e,

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n'est-il pas un éloge abrégé de celle qui l'a porté et de celles qui en sont descendues ! C'était d'elle que l'admirable Julie tenait cette grandeur d'âme, cette bonté singulière, cette prudence 'consommée, cette piété sincère, cet esprit sublime, et cette parfaite connaissance des choses, qui rendirent sa vie si éclatante.

Vous dirai-je qu'elle pénétrait dès son enfance les défauts les plus cachés des ouvrages d'esprit et qu'elle en discernait les traits les plus délicats ? Que personne ne savait mieux estimer les choses louables, ni mieux louer ce qu'elle estimait ? qu'on gardait ses lettres comme le vrai modèle des pensées raisonnables et de la pureté de notre langage ? Souvenez-vous de ces cabinets que l'on regarde encore avec tant de vénération, où l'esprit se purifiait, où la vertu était révérée sous le nom de l'incomparable Arthénice, où se rendaient tant de persormes de qualité et de mérite qui composaient une cour choisie, nombreuse sans confusion, modeste sans contrainte, savante sans orgueil, poUe sans affectation. Ce fut là que, tout enfant qu'elle était, elle se fit admirer de ceux qui étaient eux-mêmes l'ornement et l'admiration de leur siècle.

Il est assez ordinaire aux personnes à qui le ciel a donné de l'esprit et de la vivacité d'abuser des grâces qu'elles ont reçues. Elles se piquent de briller dans les conversations, de réduire tout à leur sens, et d'exercer un empire tyrannique sur les opinions ; l'affectation, la hauteur, la présomption corrompent leurs plus beaux sentiments ; et l'esprit qui les retiendrait dans les bornes de la modestie, s'il était solide, les porte ou à des singularités bizarres, ou à une vanité ridicule, ou à des indiscrétions dangereuses. A-t-on jamais remarqué la moindre apparence de ces défauts en celle dont nous faisons aujourd'hui l'éloge. Y eut-il jamais un esprit plus doux, plus facile, plus, accommodant ? Se fit-elle jamais craindre dans les compagnies ? Était-elle éloignée de la cour, on eût dit qu'elle était née pour les provinces. Sortait-elle des provinces, on voyait bien qu'elle était faite pour la cour. Elle se servait toujours de ses lumières pour connaître la vérité des choses, et pour entretenir la charité, et croyait que c'était n'avoir point d'esprit que de ne pas l'employer ou à s'instruire de ses devoirs, ou à vivre en paix avec le prochain.

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