Z638-I7IS MALEBRANCHE
fâchent même qu'on les suive, qu'ils s'efiarouchent lorsqu'on leur demande quelque éclaircissement, et qu'ils prennent même un air de fierté à la moindre opposition qu'on leur fait. Enfin ite disent des choses si nouvelles et si extraordinaires, mais si éloignées du sens commun que les plus sages ont bien de la peme à s empêcher de rire, lorsque les autres en demeurent tout étourdis.
Leur première fougue passée, si quelque esprit assez fort et assez ferme pour n'en avoir pas été renversé leur montre qu Us se trompent, ils ne laissent pas de demeurer obstinément attachés à leurs erreurs. L'air de ceux qu'ils ont étourdis les étourdit eux-mêmes ; la vue de tant d'approbateurs qu'ils ont convamcus par impression les convainc par contrecoup • ou si cette vue ne les convainc pas, elle leur enfle au moins asiz le courage pour soutenir leurs faux sentiments. La vanité ne leur permet pas de rétracter leur parole. Ils cherchent toujours quelque raison pour se défendre ; ils ne parlent même jamais avec plus de chaleur et d'empressement que lorsqu'ils n'ont rien â dire ; ils s'imaginent qu'on les injurie et qu'on tâche de les rendre méprisables à chaque raison qu'on apporte contre eux • et. plus elles sont fortes et judicieuses, plus elles irritent leur aversion et leur orgueil.
Le meilleur moyen de défendre la vérité contre eux n'est pas de disputer, car enfin il vaut mieux pour eux et pour vous les pisser dans leurs erreurs que de s'attirer leur aversion II ne faut pas leur blesser le cœur lorsqu'on veut leur guérir 1 œpnt, puisque les plaies du cœur sont plus dangereuses que celles de 1 espnt ; outre qu'il arrive quelquefois qu'on a affaire â un homme qui est véritablement savant, et qu'on pourrait le mépriser faute de bien concevoir sa pensée : il faut donc prier ceux qui parlent dune manière décisive de s'expliquer le plus distinctement qu'il leur est possible sans leur permettre de changer de sujet ni de se servir de termes obscurs et équivoques et. SI ce sont des personnes éclairées, on apprendra quelque chose avec eux ; mais, si ce sont de faux savants, ils se confondront par leurs propres paroles, sans aller fort loin, et ils ne pourront s en prendre qu'à eux-mêmes ; on en recevra peut-être quelque instruction, et même quelque divertissement, s'U est permis de se divertir de la faiblesse des autres en tâchant d'y remédier • mais, ce qui est le plus considérable, c'est qu'on empêchera par 1"^ 1^ îf ^^^ '1''' ^^^ écoutaient avec admiration ne se soumettent à 1 erreur en suivant leurs décisions.
Car il faut bien remarquer que le nombre des sots ou de ceux qm se laissent conduire machinalement et par l'impression sensible étant infiniment plus grand que de cetix qui ont quelque ouverture d'esprit et qui ne se persuadent que par raison, quand un de ces savants parle et décide de quelque chose, il y a toujours beaucoup plus de personnes qui le croient sur sa parole que d'autres qui s'en défient. Mais, parce que ces faux savants s'éloignent le plus qu'ils peuvent des pensées commîmes, tant par le désir de trouver quelque opposant qu'ils maltraitent poxu* s'élever et pour paraître que par renversement d'esprit et par contradiction leurs décisions sont ordinairement fausses et obscures, et il est assez rare qu'on les écoute sans tomber dans quelque erreur.
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RACINE* i63g-i6gg