‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 44 sur 52 · MALEBRANCHE · texte numérisé non relu

MALEBRANCHE

et il la condamne par la manifestation d'une loi plus pure et plus sainte que celle de la chair qu'elle a suivie. Alexandre n'avait pas besoin que les Scythes lui vinssent apprendre son devoir dans une langue étrangère ; il savait de celui même qui instruit les Scythes et les nations les plus barbares les règles de la justice qu'il devait suivre. La lumière de la vérité qui éclaire tout le monde l'éclairait aussi ; et la voix de la nature, qui ne parle ni gfrec, ni scythe, ni barbare, lui parlait comme au reste des hommes un langage très clair et très intelligible. Les Scythes avaient beau lui faire des reproches sur sa conduite, ils ne parlaient qu'à ses oreilles ; et Dieu ne parlant point à son cœur, ou plutôt Dieu parlant à son cœur, mais lui n'écoutant que les Scythes qui ne faisaient qu'irriter ses passions et qui le tenaient ainsi hors de lui-même, il n'entendait point la voix de la vérité, quoiqu'elle l'étonnât ; et il ne voyait point sa lumière, quoiqu'elle le pénétrât.

Il est vrai que notre union avec Dieu diminue et s'affaiblit à mesure que celle que nous ayons avec les choses sensibles augmente et se fortifie ; mais il est impossible que cette union se rompe entièrement sans que notre être soit détruit. Car encore que ceux qui sont plongés dans le vice et enivrés des plaisirs soient insensibles à la vérité, ils ne laissent pas d'y être unis. Elle ne les abandonne pas, ce sont eux qui l'abandonnent. Sa lumière luit dans les ténèbres, mais elle ne les dissipe pas toujours ; de même que la lumière du soleil environne les aveugles et ceux qui ferment les yeux, quoiqu'elle n'éclaire ni les uns ni les autres.

Les Faux Savants.

LES faux savants font manifestement paraître ce qu'ils sont dans les livres qu'ils composent et dans leurs conversations ordinaires. Comme c'est la vanité et le désir de paraître plus que les autres qui les engage dans l'étude, dès qu'ils se sentent en conversation, la passion et le désir de l'élévation se réveille en eux et les emporte. Ils montent tout d'un coup si haut que tout le monde les perd quasi de vue, et qu'ils ne savent souvent eux-mêmes où ils en sont ; ils ont si peur de n'être pas au-dessus de tous ceux qui les écoutent qu'ils se

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