‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 14 sur 65 · ANDRÉ CHÉNIER jèSiç · texte numérisé non relu

ANDRÉ CHÉNIER jèSiç

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine ! Son beau corps a roulé sous la vague marine. Téthys, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher Aux monstres dévorants eut soin de le cacher. Par ses ordres bientôt les belles Néréides L'élèvent au-dessus des demeures humides, Le portent au rivage et, dans ce monument, L'ont au cap du Zéphyr, déposé mollement ; Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes, Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes, Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil, Répétèrent, hélas ! autour de son cercueil :

■ Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée, Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée ; L'or autour de tes bras n'a point serré de nœuds, Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux. »

La Flûte.

TOUJOURS ce souvenir m'attendrit et me touche.

Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche,

Riant, et m'asseyant sur lui, près de son cœur,

M'appelant son rival et déjà son vainqueur,

Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre

A souffler une haleine harmonieuse et pure :

Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts,

Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois.

Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,

A fermer tout à tour les trous du buis sonore.

Versailles.

O VERSAILLES, ô bois, ô portique3,

Marbres vivants, berceaux antiques, Par les dieux et les rois Elysée embelli,

A ton aspect, dans ma pensée, Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée,

Coule un peu de calme et d'oubli.

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