A. DE VIGNY
Vers le midi, Juda, grand et stérile, étale Ses sables où s'endort la mer occidentale ; Plus loin, dans un vallon que le soir a pâli, Couronné d'oliviers, se montre Nephtali ; Dans des plaines de fleurs magnifiques et calmes, Jéricho s'aperçoit, c'est la ville des palmes ; Et prolongeant ses bois des plaines de Phogor, Le lentisque touffu s'étend jusqu'à Ségor.
Il voit tout Chanaan et la terre promise, Où sa tombe, il le sait, ne sera point admise. Il voit, sur les Hébreux étend sa grande main, Puis vers le haut du mont il reprend son chemin.
Or, des champs de Moab couvrant la vaste enceinte,
Pressés au large pied de la montagne sainte,
Les enfants d'Israël s'agitaient au vallon
Comme les blés épais qu'agite l'aquilon.
Dès l'heure où la rosée humecte l'or des sables
Et balance sa perle au sommet des érables,
Prophète centenaire, environné d'honneur,
Moïse était parti pour trouver le Seigneur.
On le suivait des yeux aux flammes de sa tête ;
Et, lorsque du grand mont il atteignit le faîte,
Lorsque son front perça le nuage de Dieu
Qui couronnait d'éclairs la cime du haut Heu,
L'encens brûla partout sur des autels de pierre,
Et six cent mille Hébreux courbés dans la poussière,
A l'ombre du parfum par le soleil doré,
Chantèrent d'une voix le cantique sacré ;
Et les fils de Lévi s'élevant sur la foule,
Comme un bois de cyprès sur le sable qui roule,
Du peuple, avec la harpe accompagnant les voix,
Dirigeait vers le ciel l'hymne du Roi des Rois.
Et, debout devant Dieu, Moïse, ayant pris place, Dans le nuage obscur lui parlait face à face. Il disait au Seigneur : « Ne finirai-je pas? Où voulez-vous encor que je porte mes pas? Je vivrai donc toujours puissant et solitaire? Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.