CONTES D'ESPAGNE ET D'ITALIE
A une étoile.
PALE étoile du soir, messagère lointaine, Dont le front sort brillant des voiles du couchant, De ton palais d'azur, au sein du firmament, Que regardes- tu dans la plaine?
(i) MUSSET (Louis-Charles- Alfred de), né et mort à Paris(i8io-i857). Elève du lycée Henri-IV, il eut pour condisciple le duc d'Orléans. A dixhuit ans, après avoir étudié quelque temps le droit et la médecine, il fut introduit dans le Cénacle romantique et publia, dès 1830, les Contes d'Espagne et d'Italie, qui eurent un grand succès, dû à leur jeunesse, leur grâce, et à leur impertinence cavalière. En 183a il publiait un second recueil : Spectacle dans un fauteuil, composé surtout d'un sombre drame : la Coupe et les Lèvres, d'une spirituelle comédie : A quoi rêvent les jeunes filles, et d'un poème ironique : Namouna. En 1833 paraissait Rolla.
Mais une grande épreuve allait transformer et mûrir le génie de Musset : c'est le voyage sentimental qu'il fit en Italie avec George Sand. Leur rupture eut lieu à Venise, et Musset revint seul à Paris (avril 1834), brisé, malade, mais grand poète.
En 1835 et 1836 paraissent successivement les Nuits, la Lettre à Lamartine, les Stances à la Malibran, YEspoir en Dieu, superbes cris de souffrance auxquels succèdent des inspirations plus sereines et plus douces, parmi lesquelles figure presque tout le théâtre. Peu à peu Musset s'endort, et il ne laisse plus reparaître son génie qu'à de longs intervalles ; il écrit alors des contes en vers, des fantaisies satiriques : sur la Paresse, une Soirée perdue, et retrouve enfin, mais pour la dernière fois, sa grande inspiration des Nuits dans l'admirable pièce du Souvenir (1841), tout apaisée et sereine. L'Académie française l'avait élu en 1852. Il mourut cinq ans après, usé prématurément, moins par ses excès que par la nature même de son génie. Esprit, grâce, jeunesse, passion brûlante, éblouissante fantaisie, telles sont les qualités qui font de Musset sinon le plus grand poète du dix-neu«
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La tempête s'éloigne et les vents sont calmés. La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère ; Le phalène doré, dans sa course légère, Traverse les prés embaumés ; Que cherches-tu sur la terre endormie?
Mais déjà vers les monts je te vois t'abaisser ; Tu fuis en souriant, mélancolique amie, Et ton tremblant regard est près de s'effacer.
Étoile qui descends sur la verte colline, Triste lame d'argent du manteau de la nuit, Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine, Tandis que pas à pas son long troupeau le suit, — Étoile, où t'en vas-tu dans cette nuit immense? Cherches- tu sur la rive un lit dans les roseaux? Où t'en vas-tu, si belle, à l'heure du silence, Tomber comme une perle au sein profond des eaux? Ah ! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux, Avant de nous quitter, un seul instant arrête ; — Étoile de l'amour, ne descends pas des cieux !
vième siècle, du moins le plus éminemment français que nous ayons eu depuis La Fontaine. Toujours vrai, même dans ses bravades de jeunesse, il a dit plus simplement et plus clairement que personne ce qu'il sentait, et la génération de 1830 vit et palpite immortellement en lui, comme en son interprète le plus sincère.