‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 33 sur 65 · AUGUSTE BARBIERS · texte numérisé non relu

AUGUSTE BARBIERS

ÏAMBES et poèmes

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La Curée.

OH ! lorsqu'un lourd soleil chauffait les grandes dalles

Des ponts et de nos quais déserts, Que les cloches hurlaient, que la grêle des balles

Sifflait et pleuvait par les airs ; Que dans Paris entier, comme la mer qui monte,

Le peuple soulevé grondait, Et qu'au lugubre accent des vieux canons de fonte

La Marseillaise répondait, Certe, on ne voyait pas, comme au jour où nous sommes,

Tant d'uniformes à la fois ; C'était sous des haillons que battaient les cœurs d'hommes ;

C'était alors de sales doigts Qui chargeaient les mousquets et renvoyaient la foudre ;

C'était la bouche aux vils jurons Qui mâchait la cartouche, et qui, noire de poudre,

Criait aux citoyens : Mourons !

(i) BARBIER (Auguste), né à Paris en 1805, mort à Nice en 1882. La liste des œuvres de Barbier est assez longue ; cependant, on ne se souvient plus guère que des ïambes, satires enfiévrées qui parurent au lendemain de 1830, et qui valurent du premier coup la célébrité à leur auteur. Le titre est emprunté à André Chénier ; mais le style est moins souple, plus rocailleux, et l'expression, crue et brutale, va souvent même jusqu'à la trivialité. Barbier trouva cependant par la suite des accents plus variés et plus suaves, et des poèmes comme il Pianio et comme Lazare — où le poète pleure tour à tour l'abâtardissement de l'Italie et la misère du peuple anglais — resteront comme la belle et vigoureuse manifestation d'un artiste à qui ne manqua qu'un peu plus de goût pour être plus heureux devant la postérité.

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