‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 35 sur 65 · AUGUSTE BARBIER · texte numérisé non relu

AUGUSTE BARBIER

C'est cette femme enfin, qui, toujours belle et nue,

Avec l'écharpe aux trois couleurs Dans nos murs mitraillés, tout à coup reparue,

Vient de sécher nos yeux en pleurs, De remettre en trois jours une haute couronne

Aux mains des Français soulevés, D'écraser une armée et de broyer un trône

Avec quelques tas de pavés.

Mais, ô honte ! Paris, si beau dans sa colère ;

Paris, si plein de majesté Dans ce jour de tempête où le vent populaire

Déracina la royauté ; Paris, si magnifique avec ses funérailles,

Ses débris d'hommes, ses tombeaux, Ses chemins dépavés et ses pans de murailles

Troués comme de vieux drapeaux ; Paris, cette cité de lauriers toujours ceinte,

Dont le monde entier est jaloux, Que les peuples émus appellent tous la sainte,

Et qu'ils ne nomment qu'à genoux ; Paris n'est maintenant qu'une sentine impure,

Un égout sordide et boueux, Où mille noirs courants de limon et d'ordure

Viennent traîner leurs flots honteux ; Un taudis regorgeant de faquins sans courage,

D'effrontés coureurs de salons, Qui vont de porte en porte et d'étage en étage,

Gueusant quelques bouts de galons ; Une halle cynique aux clameurs insolentes,

Où chacun cherche à déchirer Un misérable coin de guenilles sanglantes

Du pouvoir qui vient d'expirer.

Ainsi, quand désertant sa bauge solitaire, Le sanglier, frappé de mort,

Est là, tout palpitant, étendu sur la terre Et sous le soleil qui le mord ;

Lorsque, blanchi de bave et la langue tirée, Ne bougeant plus en ses liens,

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11 meurt et que la trompe a sonné la curée

A toute la meute des chiens, Toute la meute alors, comme une vague immense,

Bondit ; alors chaque mâtin Hurle en signe de joie et prépare d'avance

Ses larges crocs pour le festin ; Et puis vient la cohue, et les abois féroces

Roulent de vallons en vallons ; Chiens courants et limiers, et dogues et molosses,

Tout s'élance et tout crie : Allons !

Quand le sanglier tombe et roule sur l'arène, Allons, allons ! les chiens sont rois ! Le cadavre est à nous ; payons-nous notre peine,

Nos coups de dents et nos abois.

Allons ! nous n'avons plus de valet qui nous fouaille

Et qui se pende à notre cou :

Du sang chaud, de la chair, allons, faisons ripaille,

Et gorgeons-nous tout notre soûl !

Et tous, comme ouvriers que l'on met à la tâche,

Fouillent ses flancs à plein museau, Et de l'ongle et des dents travaillent sans relâche,

Car chacun en veut un morceau ; Car il faut au chenil que chacun d'eux revienne

Avec un os demi-rongé, Et que, trouvant au seuil son orgueilleuse chienne,

Jalouse et le poil allongé, Il lui montre sa gueule encor rouge et qui grogne,

Son os dans les dents arrêté,

Et lui crie, en jetant son quartier de charogne :

« Voici ma part de royauté ! »

L'Idole.

O CORSE à cheveux plats ! que ta France était belle

Au grand soleil de messidor !

C'était une cavale indomptable et rebelle,

Sans frein d'acier ni rênes d'or ; Une jument sauvage à la croupe rustique,

Fumante encor du sang des rois, Mais ûère, et d'un pied fort heurtant le sol antique,

Libre pour la première fois.

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