‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 52 sur 65 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Ma chansonnette, prends ton vol !

Tu n'es qu'un faible hommage ; Mais qu'en avril le rossignol

Chante et la dédommage ; Qu'effrayé par ses chants d'amour,

L'oiseau du cimetière Longtemps, longtemps se taise pour

La ferme et la fermière !

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La Voulzie.

S'IL est un nom bien doux, fait pour la poésie,

Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie?

La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles? Non ;

Mais, avec un murmure aussi doux que son nom,

Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ;

Un géant altéré le boirait d'une haleine ;

Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots,

Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots.

Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres,

Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures.

Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons,

Dans le langage humain traduit ses vagues sons ;

Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage,

Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage,

L'onde semblait me dire : « Espère ! Aux mauvais jours

Dieu te rendra ton pain. » Dieu me le doit toujours !

C'était mon Égérie, et l'oracle prospère

A toutes mes douleurs jetait ce mot : « Espère !

Espère et chante ! enfant, dont le berceau trembla ;

Plus de frayeur : Camille et ta mère sont là.

Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos... » Chimère !

Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère ;

J'avais bien des amis ici-bas, quand j'y vins,

Bluet éclos parmi les roses de Provins ;

Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie,

Presque tous maintenant dorment, et, dans la vie,

Le chemin dont l'épine insulte à mes lambeaux,

Comme une voie antique est bordé de tombeaux.

Dans le pays des sourds, j'ai promené ma lyre ;

J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire,

J'ai brisé mon luth, puis de l'ivoire sacré

J'ai jeté les débris au vent... et j'ai pleuré !

Pourtant je te pardonne, ô ma Voulzie ! et même,

Triste, j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime.

Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant

De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent,

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