‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 58 sur 65 · ESPANA · texte numérisé non relu

ESPANA

In deserto.

LES pitons des sierras, les dunes du désert,

Où ne pousse jamais un seul brin d'herbe vert ;

Les monts aux flancs zébrés de tuf, d'ocre et de marne.

Et que l'éboulement de jour en jour décharné ;

Le grès plein de micas papillotant aux yeux,

Le sable sans profit buvant les pleurs des cieux,

Le rocher refrogné dans sa barbe de ronce,

L'ardente solfatare avec la pierre ponce

Sont moins secs et moins morts aux végétations

Que le roc de mon cœur ne l'est aux passions.

Le soleil de midi, sur le sommet aride,

Répand à flots plombés sa lumière livide,

Et rien n'est plus lugubre et désolant à voir

Que ce grand jour frappant sur ce grand désespoir.

Le lézard pâmé baille, et parmi l'herbe cuite

On entend résonner les vipères en fuite.

Là, point de marguerite au cœur étoile d'or,

Point de muguet prodigue égrenant son trésor ;

Là, point de violette ignorée et charmante,

Dans l'ombre se cachant comme une pâle amante ;

Mais la broussaille rousse, et le tronc d'arbre mort,

Que le genou du vent, comme un arc, plie et tord :

Là, pas d'oiseau chanteur, ni d'abeille en voyage,

Pas de ramier plaintif, déplorant son veuvage ;

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