LES BRETONS
Combat de loups et de taureaux.
L'ÉTÉ, lorsque du ciel tombe enfin la nuit fraîche, Les bestiaux tout le jour retenus dans la crèche Vont errer librement : au pied des verts coteaux Ils suivent pas à pas les longs détours des eaux, S'étendent sur les prés, ou, dans la vapeur brune, Hennissent bruyamment aux rayons de la lune. Alors, de sa tanière, attiré par leurs voix, Les yeux en feu, le loup, comme un trait sort du bois, Tue un jeune poulain, étrangle une génisse ; Mais avant que sur eux l'animal ne bondisse, Souvent tout le troupeau se rassemble, et les bœufs, Les cornes en avant, se placent devant eux ; Le loup rôde à l'entour, ouvrant sa gueule ardente, Et, hurlant, il se jette à leur gorge pendante ; Mais il voit de partout les fronts noirs se baisser Et des cornes toujours prêtes à le percer. Enfin, lâchant sa proie, il fuit, lorsqu'une balle L'atteint, et les bergers, en marche triomphale, De hameaux en hameaux, promènent son corps mort : Tel le loup qu'on voyait ce jour-là dans Coat-Lorh.
O landes ! ô forêts ! pierres sombres et hautes,
Bois qui couvrez nos champs, mers qui battez nos côtes,
Villages où les morts errent avec les vents,
Bretagne ! d'où te vient l'amour de tes enfants? —
Des villes d'Italie, où j'osai, jeune et svelte,
Parmi ces hommes bruns montrer l'œil bleu d'un Celte,
J'arrivai, plein des feux de leur volcan sacré,
Mûri par leur soleil, de leurs arts enivré ;
Mais dès que je sentis, ô ma terre natale I
L'odeur qui des genêts et des landes s'exhale,
Lorsque je vis le flux, le reflux de la mer,
Et les tristes sapins se balancer dans l'air,
Adieu les orangers, les marbres de Carrare ;
Mon instinct l'emporta, je redevins barbare,
Et j'oubliai les noms des antiques héros,
Pour chanter les combats des loups et des taureaux !