CONTES
Le Meunier de Sans-Souci.
L'HOMME est dans ses écarts un étrange problème. Oui de nous en tout temps est fidèle à soi-même? Le commun caractère est de n'en point avoir ; Le matin incrédule, on est dévot le soir. Tel s'élève et s'abaisse, au gré de l'atmosphère, Le liquide métal enfermé sous le verre. L'homme est bien variable ! et ces malheureux rois, Dont on dit tant de mal, ont du bon quelquefois. J'en conviendrai sans peine, et ferai mieux encore : J'en citerai pour preuve un trait qui les honore ; Il est de ce héros, de Frédéric Second, Qui, tout roi qu'il était, fut un penseur profond. Redouté de l'Autriche, envié dans Versailles, Cultivant les beaux-arts au sortir des batailles, D'un royaume nouveau la gloire et le soutien, Grand roi, bon philosophe et fort mauvais chrétien.
Il voulait se construire un agréable asile, Où, loin d'une étiquette arrogante et futile, Il pût, non végéter, boire et courir les cerfs, Mais des faibles humains méditer les travers,
(i) ANDRIEUX (François-Guillaume- Jean-Stanislas), né à Strasbourg en 1759, mort à Paris en 1833. Membre du tribunal de cassation, il fit partie du conseil des Cinq- Cents en 1798, et, après le 18 Brumaire, de vint membre, puis président du tribunal. Ses opinions l'en firent écarter en 1802. Use consacra alors entièrement à la littérature, et fut professeur de belles-lettres au Collège de France et à l'École polytechnique. Entré à l'Institut en 1797, il devint secrétaire perpétuel de l'Académie française en 1829. Il est l'auteur de comédies tout à fait oubliées aujourd'hui : le Trésor, Molière avec ses amis ou la Soirée d'Auteuil, le Vieux Fat, la Corné* dienne. Son esprit, son naturel et son ingéniosité se trouvent surtout dans ses Contes, dont l'un, le Meunier de Sans-Souci, est resté populaire.