SS^ VILLJERS DE L'ISLE-ADAM
Les Lamentations d'Édison.
« Toute tristesse n'est qu'un amoindrissement de soi.
Spinosa.
IL se parlait à voix basse :
— Comme j'arrive tard dans l'Humanité ! murmurait-il. Que ne suis-je l'un des premiers-nés de notre espèce !... Bon nombre de grandes paroles seraient incrustées aujourd'hui ne varietuv — {sic), — textuelles, enfin, sur les feuilles de mon cylindre, puisque son prodigieux perfectionnement permet de recueillir, dès à présent, les ondes sonores à distance ! ... Et ces paroles y seraient enregistrées avec le ton, le timbre, l'accent du débit et même les vices de prononciation de leurs énonciateurs.
Sans prétendre au cliché galvanoplastique du Fiat lux ! exclamation proférée, paraît-il, voici tantôt soixante-douze siècles (et qui, d'ailleurs, à titre de précédent immémorial, controuvée ou non, eût échappé à toute phonographie), peutêtre m'eût-il été permis — par exemple, un peu après la mort de Lilith et pendant le veuvage d'Adam — de saisir et d'empreindre, dissimulé derrière quelque fourré de l'Eden, tout d'abord le sublime soliloque : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul! » puis VEritis sicut dii ! le Croissez et multipliez !... enfin
♦ViLLiERS DE l'Isle-Adam (Philippe-^ Mg!<s/e-Mathias, comte de), né à Saint-Brieuc en 1840, mort en 1889 à Paris. Il débuta par un recueil de vers [Fantaisies nocturnes, Hermosa, les Préludes, Chant du Calvaire) [1859;. Mais il devait bientôt abandonner la poésie pour demander à la prose tout ce qu'elle pouvait lui fournir de rythme et d'harmonie. Il a laissé une dizaine de volumes ; voici les titres de ses principales œuvres, toutes, d'ailleurs, imprégnées de symbolisme : Isis, Claire Lenoir, Elen et Morgane (1862) ; deux drames qui n'ont pas été joués ; Contes cruels (1883) ; Tribulat Bonhomct (1887), où l'auteur oppose « la lumière du Rêve aux ténèbres du Sens commun »; le Secret de Véchafaud; Histoires insolites; Akédysséril ; Nouveaux Contes cruels (1888). En février 1870, il donna au Vaudeville une pièce en un acte, la Révolte; en 1883, au théâtre des Nations, le Nouveau Monde, drame en cinq actes; en octobre 1887, Une évasion, petit drame joué au Théâtre-Libre. Deux romans philosophiques parus en 1886, V Amour suprême et l'Eve future, méritent une mention particulière. Signalons enfin Axel, œuvre posthume et inachevée.