MARCELLE TINAYRE
l'instinct ménager et l'instinct de plaire... ; vous aimez la parure, vous ornez votre maison, une fleur vous enchante, un bibelot vous réjouit...
— Et cela vous étonne?
— Oui et non...
— Comment ! l'auteur de la Travailleuse ! ...
— Précisément... L'auteur de la Travailleuse applaudit, et Noël Delysle s'étonne... Le premier était acquis d'avance à la femme nouvelle...
— Et le second?...
— A la femme éternelle...
— C'est la même femme.
— Je le vois bien depuis que je vous connais... Mon féminisme était, je l'avoue, un peu théorique; et je ne croyais pas, vraiment, qu'on pût trouver, dans la même femme, tant d'intelligence, d'énergie, de courage, unis à tant de grâce et de douceur... Vous avez achevé âe me convertir...
— J'en suis charmée...
— Aussi je m'appliquerai à convertir les autres... J'ai pris le parti de la femme, par un sentiment de justice et par haine du pharisaïsme masculin... Je serai plus éloquent, désormais, parce que je serai plus sincère, et que je penserai à vous... Une action commune nous rapprochera... Notre amitié deviendra toujours plus haute et plus belle... Car c'est une belle chose, notre amitié, n'est-ce pas ?
Josanne répondit gravement :
— Très belle...
(La Rebelle.)
Cahnann-Lévy , éditeur.
COLETTE* i8yj
Le Premier Feu.
Parce qu'il pleut et que le vent d'octobre chasse dans l'air les feuilles trempées, Elle a allumé dans la cheminée le feu de la saison. En extase, Kiki-la-Doucette et Toby-Chien, couchés côte à côte au coin du marbre tiède, s'éblouissent à contempler la flamme et lui dédient des prières intérieures.
KIKI-LA-DOUCETTE, pareil à un coussin, sans pattes apparentes.
Feu ! te voici revenu, plus beau que mon souvenir, plus cuisant et plus proche que le soleil ! Feu ! que tu es splendide ! Par pudeur je cache ma joie de te revoir, je ferme à demi mes yeux où ta lumière amincit la prunelle, et rien ne paraît sur ma figure où est peinte l'image d'une pensée fauve et brune... Mon ronron discret se perd dans ton crépitement. Ne pétille pas trop, ne crache pas d'étincelles sur ma fourrure, sois clément, Feu varié, que je puisse t'adorer sans crainte...