MARCELLE TINAYRE
dut admirer les photographies qui ornaient les murs — sans cadres. « parce que les cadres, c'est cher !» — et la vieille commode trouvée à Chartres, chez un menuisier, et la grosse théière de cuivre, et les chardons violets dans le vase vert et, dans le vase jaune, les « monnaies du pape », dont les piécettes nacrées, translucides, tombaient au plus léger frôlement comme de petites lunes mortes...
Noël feignait de s'intéresser aux meubles, aux bibelots, à tout ce que Josanne aimait. A vrai dire, il ne voyait qu'elle, Josanne. Sa pensée ra\ie l'enveloppait, la caressait tendrement, lui disait : « Parlez ! souriez !... Parlez encore... Je vous regarde, et je ne vous reconnais pas... Est-ce bien vous ? Est-ce votre âme vraie qui se révèle?... » II avait cru la trouver dans un logis sombre, dans une atmosphère de deuil, vêtue de noir, un peu timide encore devant lui... Et il la sentait confiante, joyeuse de recevoir son ami dans sa maison et ne cachant plus sa joie.
— Personne n'a jamais vu tout cela, personne n'est jamais v^enu ici, excepté M^'e Bon; mais le monde visible n'existe pas pour M"e Bon...
— Alors, je suis le premier qui...
— Oui, le premier... Et comme vous êtes très artiste et très difficile, je suis bien fière que vous approuviez mon goût. J'aime tant les choses qui se mêlent à ma vie !... Ce petit vase jaune, je le touche avec tendresse... Et ce rideau, que je vois le matin, comme il me plaît !...
Elle étala, au bout de son bras levé, l'indienne fleurie d'oeillets chimériques, où défilaient des éléphants. Les œillets et les éléphants étaient verts et bleus, de tous les verts, de tous les bleus, et la forme svelte de la jeune femme apparaissait comme une ombre sur la trame blanche, pénétrée de jour. Et Noël, ému d'un plaisir enfantin, songea :
« Personne n'est venu chez elle depuis qu'elle habite Paris. Elle n'a dit ce mot, elle n'a fait ce geste pour personne... »
— Oh ! fit Josanne avec humeur, vous ne regardez pas...
— Je regarde, j'admire et je pense...
— Quoi ?
— Que les antiféministes seraient bien ébahis de vous voir et de vous entendre...
— Pourquoi?
— Vous êtes tellement femme!... Oui, révoltée, oui, rebelle; ni la lutte pour la vie, ni l'indépendance, ni l'activité intellectuelle n'ont détruit en vous les instincts de la femme, même