‹ Anthologie des écrivains français (volume 3)Chapitre 7 sur 70 · LÉON CL A DEL · texte numérisé non relu

LÉON CL A DEL

ligne, que dis-je ? à la première ligne, à la première lettre, il fallut en découdre. Était-il bien exact, ce mot? Attention ! Ne pas confondre agréable avec aimable, accort avec charmant, avenant avec gentil, séduisant avec provocant, gracieux avec amène, holà ! Ces divers termes ne sont pas synonymes ; ils ont, chacun d'eux, une acception toute particulière ; ils disent plus ou moins, dans le même ordre d'idées, et non pas identiquement la même chose ! Il ne faut jamais, au grand jamais, user de l'un à la place de l'autre. En pratiquant ainsi, l'on en arriverait infailliblement au pur charabia... Les griffonneurs politiques, et surtout les tribuns de même acabit, ont seuls le droit, enseignait cet infaillible pédagogue, d'employer admonition pour conseil, objurgation pour reproche, valeur pour courage, époqtte pour siècle, contemporain pour moderne, etc., etc. Tout est permis aux orateurs profanes ou sacrés qui sont, sinon tous, du moins la plupart, de très piètres virtuoses; mais nous, ouvriers littéraires, purement littéraires, nous devons être précis, nous devons toujours trouver l'expression absolue ou bien renoncer à tenir la plume et finir gâcheurs, comme tant d'autres qui, tout en ayant la vogue, n'auront jamais de succès ni de considération. Et tandis qu'il dissertait à voix haute et lente, le sévère correcteur soulignait au crayon rouge, au crayon bleu, les phrases qui, selon lui, manquaient de force ou d'exactitude, et ne s'adaptaient pas à l'idée, ainsi que les gants à la peau. Cherchons ! Si le substantif ou l'adjectif n'existent point, on les inventera ; mais ils sont là, comme des pépites dans la gangue... Et les dictionnaires de notre idiome empoignés étaient aussitôt compulsés, feuilletés, sondés avec rage, avec amour. On faisait souvent bonne chasse, mais quelquefois aussi l'on revenait bredouille. Alors intervenaient les lexiques étrangers. On interrogeait le français-latin et puis le latinfrançais. Un pourchas sans merci ! Néant dans les anciens : aux modernes ! Et le tenace étymologiste, à qui la plupart des langues vivantes étaient aussi familières que la plupart des langues mortes, s'enfonçant dans les vocabulaires anglais, allemand, italien, espagnol, poursuivait pour lui, comme pour moi, l'expression rebelle, insaisissable et qu'il finissait toujours par créer, si elle ne se trouvait point dans notre langue. « Allons donc ! un néologisme ne fait peur qu'aux académiciens qui, Sainte-Beuve et Victor Hugo exceptés, jargonnent plus ou moins. » En devisant ainsi, l'indomptable praticien dont, par parenthèse, je n'ai jamais très bien compris l'égale admiration

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