LE GLORIEUX
lisimon, à Pasquin, valet.
LE comte de Tufière est-il ici, mon cœur ?
pasquin.
Oui, monsieur, le voici.
{Le comte se lève nonchalamment et fait un pas au-devant de Lisimon, qui l'embrasse.)
LISIMON.
Cher comte, serviteur.
le comte, à Pasquin.
Cher comte I... Nous voilà grands amis, ce me semble.
LISIMON.
Ma foi, je suis ravi que nous logions ensemble.
le comte, froidement.
J'en suis fort aise aussi.
LISIMON.
Parbleu ! nous boirons bien.
Vous buvez sec, dit-on. Moi, je n'y laisse rien.
(*) DESTOUCHES (Philippe NÉRICAULT, dit), né a Tours en 1680, mort en 1754. Une comédie tirée d'une nouvelle de Cervantes, le Curieux impertinent, fonda sa réputation, d'abord en Suisse, où elle vit le jour, puis en France, où la Comédie- Française la représenta en 1710. Dès lors, Destouches, honoré de la protection des grands et de l'amitié de Voltaire, partagea son temps entre la diplomatie et les lettres. Il entra à l'Académie en 1753. Il écrivit vingt-sept pièces de théâtre, dont les principales sont: le Médisant (17 15); le Philosophe marié (1727) ; le Glorieux (1732), qui est resté son chef-d'œuvre; l'Ambitieux (1737) ; le Dissipateur (1753) ; etc.
42 — DESTOUCHES i732
Je suis impatient de vous verser rasade, Et ce sera bientôt. Mais êtes-vous malade ? A votre mine froide, à votre sombre accueil....
le comte, à Pasquin qui lui offre un siège.
Faites asseoir monsieur... Non, offrez le fauteuil. Il ne le prendra pas ; mais...
LISIMON.
Je vous fais excuse.
Puisque vous me l'offrez, trouvez bon que j'en use, Que je m'étale aussi : car je suis sans façon, Mon cher, et cela doit vous servir de leçon ; Et je veux qu'entre nous toute cérémonie Dès ce même moment pour jamais soit bannie. Oh çà, mon cher garçon, veux-tu venir chez moi ? Nous serons tous ravis de dîner avec toi.
LE COMTE
Me parlez-vous, monsieur ?
LISIMON.
A qui donc, je te prie ?
A Pasquin ?
LE COMTE
Je l'ai cru.
LISIMON.
Tout de bon ? Je parie Qu'un peu de vanité t'a fait croire cela.
LE COMTE
Non ; mais je suis peu fait à ces manières-là.
LISIMON.
Oh bien ! tu t'y feras, mon enfant. Sur les tiennes, A mon âge, crois-tu que je forme les miennes ?
LE COMTE
Vous aurez la bonté d'y faire vos efforts.