‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 12 sur 87 · CRÉBILLON · texte numérisé non relu

CRÉBILLON

RHADAMISTE

Quoique ma mort approche, Ne craignez pas, seigneur, un injuste reproche, J'ai reçu par vos mains le prix de mes forfaits; Puissent les justes dieux en être satisfaits! Je ne méritais pas de jouir de la vie.

(A Zénobie).) Sèche tes pleurs ; adieu, ma chère Zénobie : Mithridate est vengé.

PHARASMANE.

Grands dieux ! qu'ai-je entendu ?

Mithridate ! Ah ! quel sang ai-je donc répandu ?...

RHADAMISTE

La soif que votre cœur avait de le répandre N'a-t-elle pas suffi, seigneur, pour vous l'apprendre ? Je vous l'ai vu poursuivre avec tant de courroux. Que j'ai cru qu'en effet j'étais connu de vous.

PHARASMANE.

Pourquoi me le cacher 3 Ah, père déplorable !

RHADAMISTE

Vous vous êtes toujours rendu si redoutable, Que jamais vos enfants, proscrits et malheureux, N'ont pu vous regarder comme un père pour eux. Heureux, quand votre main vous immolait un traître, De n'avoir point versé le sang qui m'a fait naître, Que la nature ait pu, trahissant ma fureur, Dans ce moment affreux s'emparer de mon cœur ! Enfin, lorsque je perds une épouse si chère, Heureux, quoiqu'en mourant, de retrouver mon père ! Votre cœur s'attendrit ; je vois couler vos pleurs.

{A Arsame.) Mon frère, approchez-vous ; embrassez-moi : je meurs.

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