PANARD
Pour un faux point d'honneur perdre votre fortune ?
Mais si...
LE COMTE
LISIMON.
Toute contrainte, en un mot, m'importune. L'heure du dîner presse : allons, veux-tu venir ? Xous aurons le loisir de nous entretenir Sur nos arrangements ; mais commençons par boire. Grand 'soif, bon appétit, et surtout point de gloire, C'est ma devise. On est à son aise chez moi ; Et vivre comme on veut, c'est notre unique loi. Viens, et sans te gourmer avec moi de la sorte, Laisse, en entrant chez nous, ta grandeur à la porte.
(^B^$tvtc
PAXARD
Le Départ de l'Opéra-Comique.
J'AI vu des guerriers en alarmes, Les bras croisés et le corps droit, Crier plus de cent fois : Aux armes ! Et ne point sortir de l'endroit.
(*) PANARD I Charles-François), né à Courville en 1674, mort à Paris en 1765. Panard a composé cinq comédies et treize opéras-comiques, la plupart en collaboration avec Laffichard, Ponteau, Sticotti et Favart. Ses pièces eurent beaucoup de succès. Elles valent cependant presque uniquement par les couplets qu'il y a mêlés. Le premier il a fait entrer dans la chanson la satire gaie et bienveillante des mœurs.
i?33 PANARD — 45
J'ai vu Mars descendre en cadence ; J'ai vu des vols prompts et subtils ; J'ai vu la justice en balance Et qui ne tenait qu'à deux fils.
J'ai vu le Soleil et la Lune Qui faisaient des discours en l'aii ; J'ai vu le terrible Neptune Sortir tout frisé de la mer.
J'ai vu l'aimable Cythérée, Au doux regard, au teint fleuri, Dans une machine entourée D'amours natifs de Chambéri.
J'ai vu le maître du tonnerre, Attentif aux coups de sifflet, Pour lancer ses feux sur la terre Attendre l'ordre d'un valet.
J'ai vu, du ténébreux empire, Accourir avec un pétard Cinquante lutins pour détruire Un palais de papier brouillard.
J'ai vu des dragons fort traitables Montrer les dents sans offenser ; J'ai vu des poignards admirables Tuer les gens sans les blesser.
J'ai vu l'amant d'une bergère, Lorsqu'elle dormait dans un bois, Prescrire aux oiseaux de se taire, Et lui, chanter à pleine voix.
J'ai vu la vertu dans un temple, Avec deux couches de carmin, Et son vertugadin très ample, Moraliser le genre humain.
J'ai vu, ce qu'on ne pourra croire, Deux tritons, animaux marins, Pour danser, troquer leur nageoire Contre une paire d'escarpins.