‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 16 sur 87 · PANARD j · texte numérisé non relu

PANARD j

J'ai vu Mercure, en ses quatre ailes Trouvant trop peu de sûreté.

Prendre encor de bonnes ficelles Pour voiturer sa déité.

J'ai vu souvent une furie Qui s'humanisait volontiers ; J'ai vu des faiseurs de magie Qui n'étaient pas de grands sorciers.

J'ai vu des ombres très palpables Se trémousser au bord du Styx ; J'ai vu l'enfer et tous les diables A quinze pieds du paradis.

J'ai vu Diane en exercice Courir le cerf avec ardeur ; J'ai vu derrière la coulisse Le gibier courir le chasseur.

J'ai vu trotter d'un air ingambe De grands démons à cheveux bruns ; J'ai vu des morts friser la jambe Comme s'ils n'étaient pas défunts.

Dans les chaconnes et gavottes J'ai vu des fleuves sautillants :

J'ai vu danser deux Matelotes, Trois Jeux, six Plaisirs et deux Vents.

Dans le char de monsieur son père, J'ai vu Phaéton, tout tremblant, Mettre en cendres la terre entière, Avec des rayons de fer blanc.

J'ai vu Roland, dans sa colère, Employer l'effort de son bras Pour pouvoir arracher de terre Des arbres qui n'y tenaient pas.

J'ai vu des gens à l'agonie,

Qu'au lieu de mettre entre deux draps

Pour trépasser en compagnie

L'on amenait sous les deux bras.

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