PIROX I?3S
M. BALIVEAU
Où la vas-tu chercher ? Ce Temple prétendu
(Pour parler ton jargon) n'est qu'un pays perdu,
Où la Nécessité, de travaux consumée,
Au sein du sot orgueil, se repaît de fumée,
Eh ! malheureux, crois-moi, fuis ce terroir ingrat :
Prends un parti solide, et lais choix d'un état
Qu'ainsi que le talent le bon sens autorise,
Qui te distingue, et non qui te singularise.
Où le génie heureux brille avec dignité ;
Tel qu'enfin le barreau l'offre à ta vanité.
DAMIS
Le barreau ?
M. BALIVEAU
Protégeant la veuve et la pupille, C'est là qu'à l'honorable on peut joindre l'utile, Sur la gloire et le gain établir sa maison, Et ne devoir qu'à soi sa fortune et son nom.
DAMIS
Ce mélange de gloire et de gain m'importune :
On doit tout à l'honneur et rien à la fortune.
Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier,
A tout l'or du Pérou préfère un beau laurier.
L'avocat se peut-il égaler au poète ?
De ce dernier la gloire est durable et complète.
Il vit longtemps après que l'autre a disparu :
Scarron même l'emporte aujourd'hui sur Patru !
Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome,
Lieux propres autrefois à produire un grand homma :
L'antre de la chicane et sa barbare voix
N'y défiguraient pas l'éloquence et les lois.
Que des traces du monstre on purge la tribune :
J'y monte, et mes talents, voués à la fortune,
Jusqu'à la prose encor voudront bien déroger :
Mais l'abus ne pouvant sitôt se corriger,
Qu'on me laisse à mon gré, n'aspirant qu'à la gloire,
Des titres du Parnasse anoblir ma mémoire,
Et primer dans un art plus au-dessus du droit,
Plus grave, plus sensé, plus noble qu'on ne croit !