‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 24 sur 87 · LE FRANC DE POMPIGNAN · texte numérisé non relu

LE FRANC DE POMPIGNAN

Ode sur la mort de J.-B. Rousseau.

QUAND le fameux chantre du monde

Expira sur les bords glacés

Où l'Hèbré effrayé dans son onde

Reçut ses membres dispersés,

Le Thrace, errant sur les montagnes,

Remplit les bois et les campagnes

Du cri perçant de ses douleurs :

Les champs de l'air en retentirent ,

Et dans les antres qui gémirent

Le lion répandit des pleurs.

La France a perdu son Orphée !...

Muses, dans ces moments de deuil, Élevez le pompeux trophée Que vous demande son cercueil ;

(*) POMPIGNAN (Jean -Jacques Le Franc, marquis DE), né à Montauban en 1709, mort à Pompignan en 1784. Il fit ses études à Paris, devint avocat général, puis, en 1746, premier président à la cour des aides de sa ville natale. Il finit par résigner ses fonctions judiciaires pour se consacrer aux lettres. Il n'y avait réussi que fort imparfaitement avec sa tragédie de Dicton (1734) et son Voyage de Languedoc et de Provence quand il donna, en 175 1, une traduction des psaumes de David, et, en 1755, une traduction des prophéties et des cantiques. \>'v17 C'est de ces poèmes sacrés que Voltaire disait : L\ P y ( Sacrés ils sont, car personne n'y touche. Dédain assez » y P' injustifié ; car Pompignan avait appris l'hébreu, et, traduisant f les psaumes sur le texte même, il en a rendu parfois avec une heureuse fidélité les expressions originales et les images éclatantes.

En 1759, Pompiguan fut élu par l'unanimité des suffrages à l'Académie française ; mais son discours de réception fit scandale : il y attaqua vivement les doctrines philosophiques du siècle, et s'attira ainsi les épigrammes et les injures des philosophes et de Voltaire, qui rima contre lui une mordante satire, la Vanité. Il s'était retiré dans ses terres, composant de nouvelles Odes chrétiennes et philosophiques (1771), traduisant les tragédies d'Eschyle (1770) et les Géorgiques (1784), quand la gloire vint le trouver tout à coup avec son Ode sur la mort de J.-B. Rousseau, qui désarma Voltaire lui-même et dont la dernière strophe est restée justement célèbre.

XVIIIe SIÈCLE (POESIE)

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