US TE PAR CAFEIER
XVIIIe SIÈCLE — POÉSIE.
Ne laissons point évanouir Des biens mis en notre puissance Et que l'attente d'en jouir N'étouffe point leur jouissance.
Le moment passé n'est plus rien ;
L'avenir peut ne jamais être :
Le présent est l'unique bien
Dont l'homme soit vraiment le maître.
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La Solitude de Fontenay.
DÉSERT, aimable solitude, Séjour du calme et de la paix, Asile où n'entrèrent jamais Le tumulte et l'inquiétude,
(*) CHAULIEU (Guillaume Amfrye, abbé de), poète français, né en i63o. à Fontenay (Vexin normand), mort à Paris en 1720. Il s'attacha au grand prieur de Vendôme qui lui fit obtenir de nombreux bénéfices dont la somme s'élevait à trente mille livres de rente. Les vers de Chaulieu ont de la grâce, de l'enjouement et du naturel, mais ces qualités sont gâtées trop souvent par de la négligence. Ses contemporains l'appelaient « l'Anacréon du Temple ». Voltaire l'a surnommé le premier des poètes négligés. Louis XIV, qui n'aimait pas les abbés libertins, s'opposa rigoureusement à ce qu'il fût de l'Académie.
Quoi ! j'aurai tant de fois chanté.
Aux tendres accords de ma lyre.
Tout ce qu'on souffre sous l'empire De l'amour et de la beauté ;
Et, plein de la reconnaissance De tous les biens que tu m'as faits, Je laisserai dans le silence Tes agréments et tes bienfaits !
C'est toi qui me rends à moi même :
Tu calmes mon cœur agité,
Et de ma seule oisiveté
Tu me fais un bonheur extrême.
Parmi ces bois et ces hameaux, C'est là que je commence à vivre ; Et j'empêcherai de m'y suivre Le souvenir de tous mes maux.
Emplois, grandeurs tant désirées, J'ai connu vos illusions ; Je vis loin des pré vantions Oui forgent vos chaînes dorées.
La cour ne peut plus m'éblouir ; Libre de son joug le plus rude, J'ignore ici la servitude De louer qui je dois haïr.
Fils des dieux, qui de flatteries Repaissez votre vanité, Apprenez que la vérité Xe s'entend que dans nos prairies.
Grotte d'où sort ce clair ruisseau, De mousse et de rieurs tapissée, N'entretiens jamais ma pensée Que du murmure de ton eau.
Ah ! quelle riante peinture Chaque jour se montre à mes yeux Des trésors dont la main des dieux Se plaît d'enrichir la nature !
Quel plaisir de voir les troupeaux, Quand le midi brûle l'herbette, Rangés autour de la houlette, Chercher l'ombre sous ces ormeaux !
Puis, sur le soir, à nos musettes, Ouïr répondre les coteaux, Et retentir tous nos hameaux De hautbois et de chansonnettes !
Mais hélas ! ces paisibles jours Coulent avec trop de vitesse ; Mon insolence et ma paresse N'en peuvent arrêter le cours.
Déjà la vieillesse s'avance, Et je verrai dans peu la mort Exécuter l'arrêt du sort, Qui m'y livre sans espérance.
Fontenay, lieu délicieux, Où je vis d'abord la lumière, Bientôt, au bout de la carrière, Chez toi je joindrai mes aïeux.
Muses, qui dans ce lieu champêtre Avec soin me fîtes nourrir, Beaux arbres, qui m'avez vu naître, Bientôt vous me verrez mourir.
Cependant, du frais de votre ombre Il faut sagement profiter, Sans regret, prêt à vous quitter Pour ce manoir terrible et sombre,
Où des arbres dont tout exprès, Pour un plus doux et long usage, Mes mains ornèrent ce bocage, Nul ne me suivra qu'un cyprès.
LAMOTTE-HOUDAR