‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 4 sur 87 · ODES · texte numérisé non relu

ODES

Ode sur l'Amour -propre.

DÉMÊLONS tous les stratagèmes De l'instinct qui nous guide tous ; Mortels, nous nous aimons nous-mêmes, Et nous n'aimons rien que pour nous.

De quelque vertu qu'on se pique, Ce n'est qu'un voile chimérique, Dont l' amour-propre nous séduit :

Je le sers en voulant m'en plaindre ; C'est lui qui m'engage à le peindre, Et contre lui-même il m'instruit

Vous, rares au siècle où nous sommes, Grands, que vos bienfaits font nommer L'amour, les délices des hommes, Vous flattez-vous de les aimer ?

(*) LAMOTTE-HOUDAR (Antoine HOUDAR DE la Motte, connu scus le nom de), né et mort à Paris (1672- 173 1). Retiré à la Trappe après l'échec de sa farce des Originaux (1693), il en sortit bientôt pour composer des livrets d'opéra. Il acquit une véritable réputation avec son Iliade en vers français et en douze chants, précédée d'un Discours sur Homère (17 14). Sous prétexte de rendre l'Iliade plus conforme à la morale, au bon goût, à la politesse du siècle, il en avait banni tout ce qui en fait la couleur et la poésie. D'ailleurs Lamotte-Houdar soutenait que le vers et les figures, qui constituent l'essentiel de la poésie, sont pour la pensée une gêne bien plus qu'un ornement. Selon lui, le vers conduit à mutiler et à obscurcir l'idée, au point que .les poètes semblent avoir inventé a un art exprès pour se mettre hors d'état d'exprimer exactement ce qu'ils voudraient dire ». Bref, il y a opposition entre la poésie et la raison, et il opte pour la dernière. Ces affirma:ions pro-

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Des heureux qu'il vous plaît de faire Vous attendez votre salaire ; Vous voulez régner sur les cœurs ; Votre avare magnificence Par les faveurs qu'elle dispense S'achète des admirateurs.

Ainsi leur intérêt sait prendre

Un dehors sensible, empressé :

Mais nous, ne croyons pas leur rendre

Un amour désintéressé.

Malgré leur attente déçue

L'orgueil d'une grâce reçue

Ne soutient qu'à regret le faix ;

Et par la plus tendre apparence

Notre ingrate reconnaissance

En veut à de nouveaux bienfaits.

En vain ce sévère stoïque, Sous mille défauts abattu, vSe vante d'une âme héroïque, Toute vouée à la vertu.

Ce n'est point la vertu qu'il aime ; Mais son cœur ivre de lui-même Voudrait usurper des autels ; Et par sa sagesse frivole Il ne veut que parer l'idole Qu'il offre au culte des mortels.

Jusqu'où l' amour-propre s'égare Souvent, aveugle en son dessein, Il nous arme d'un fer barbare Qu'il tourne contre notre sein.

voquèrent de vives protestations : Mme Dacier, entre autres, défendit Homère avec violence dans ses Causes de la corruption du goût. Pourtant, Lamotte-Houdar, encouragé par la duchesse du Maine, mit ses théories en pratique : il écrivit des tragédies en prose, des odes en prose. Ses Œuvres (1754) comprennent des Tragédies (les Macchabées, 1722; Komulus, 1722: lins de Castro, 1723; Œdipe, 1730) ; des Odes (1707) ; des Fables (1719) ; des Tragédies lyriques, des Comédies, des Discours, etc.

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Caton, d'une âme plus égale,

Sous l'heureux vainqueur de Pharsale

Eût souffert que Rome pliât ;

Mais, incapable de se rendre.

Il n'eut pas la force d'attendre

Un pardon qui l'humiliât.

La montre et le cadran solaire.

UN jour la montre au cadran insultait,

Demandant quelle heure il était.

« Je n'en sais rien, dit le cadran solaire.

— Eh ! que fais-tu donc là, si tu n'en sais pas plus ?

— J'attends, répondit-il, que le soleil m'éclaire :

Je ne sais rien que par Phébus.

— Attends-le donc, moi, je n'en ai que faire, Dit la montre ; sans lui, je vais toujours mon train.

Tous les huit jours, un tour de main, C'est autant qu'il m'en faut pour toute ma semaine. Je chemine sans cesse, et ce n'est point en vain

Que mon aiguille en ce rond se promène. Écoute, voilà l'heure ; elle sonne à l'instant : Une, deux, trois, quatre. Il en est tout autant, » Dit-elle. Mais tandis que la montre décide,

Phébus, de ses ardents regards

Chassant nuages et brouillards, Regarde le cadran, qui, fidèle à son guide,

[Marque quatre heures et trois quarts.

(f Mon enfant, dit-il à l'horloge,

Va-t'en te faire remonter.

Tu te vantes sans hésiter,

De répondre à qui t'interroge ; Mais qui t'en croit peut bien se mécompter. Je te conseillerais de suivre mon usage ; Si je ne vois bien clair, je dis : « Je n'en sais rien. »

Je parle peu, mais je dis bien :

C'est le caractère du sage. »

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