‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 33 sur 87 · THOMAS · texte numérisé non relu

THOMAS

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Ode sur le Temps.

LE compas d'Uranie a mesuré l'espace,

O Temps, être inconnu que l'âme seule embrasse,

Invisible torrent des siècles et des jours,

Tandis que ton pouvoir m'entraîne dans la tombe,

J'ose, avant que j'y tombe, M'arrêter un moment pour contempler ton cours.

Qui me dévoilera l'instant qui t'a vu naître ? Quel œil peut remonter aux sources de ton être ? Sans doute ton berceau touche à l'éternité. Quand rien n'était encore, enseveli dans l'ombre

De cet abîme sombre, Ton germe y reposait, mais sans activité.

Du chaos tout à coup les portes s'ébranlèrent ;

Des soleils allumés les feux étincelèrent ;

Tu naquis ; l'Éternel te prescrivit ta loi.

Il dit au mouvement : « Du Temps sois la mesure. »

Il dit à la nature :

« Le Temps sera pour vous, l'Éternité pour moi. »

Dieu, telle est ton essence : oui, l'océan des âges Roule au-dessous de toi sur tes frêles ouvrages,

* THOMAS (Antoine-Léonard), né à Clermont- Ferrand en 1732, mort en 1786 au château d'Oullins, près de Lyon. Il fut surtout célèbre à son époque par l'éloge des grands hommes : d'Aguesseau, le maréchal de Saxe, Duguay-Trouin, Sully, Descartes, et il mit le comble à sa réputation en publiant un Essai sur les éloges (1773), sorte d'histoire générale de l'éloquence.

Comme poète, on lui doit des Eptîres, des Odes, un opéra : Amphion, qui fut joué en 1767, et un poème sur Jumomille. On ne se souvient guère que de son Ode sur le Temps, dont Lamartine a retenu, dans le Lac, le premier hémistiche de la dernière strophe.

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Mais il n'approche pas de ton trône immortel. Des millions de jours qui l'un l'autre s'effacent,

Des siècles qui s'entassent Sont comme le néant aux yeux de l'Éternel.

Mais moi, sur cet amas de fange et de poussière, En vain contre le Temps je cherche une barrière ; Son vol impétueux me presse et me poursuit. Je n'occupe qu'un point de la vaste étendue

Et mon âme éperdue Sous mes pas chancelants voit ce point qui s'enfuit.

De la destruction tout m'offre des images. Mon œil épouvanté ne voit que des ravages ; Ici de vieux tombeaux que la mousse a couverts ; Là des murs abattus, des colonnes brisées,

Des villes embrasées ; Partout les pas du Temps empreints sur l'Univers.

Cieux, terres, éléments, tout est sous sa puissance. Mais tandis que sa main dans la nuit du silence Du fragile univers sape les fondements, Sur des ailes de feu loin du monde élancée,

Mon active pensée Plane sur les débris entassés par le Temps.

Siècles qui n'êtes plus, et vous qui devez naître, J'ose vous appeler ; hâtez- vous de paraître : Au moment où je suis venez vous réunir. Je parcours tous les points de l'immmense durée

D'une marche assurée :

J'enchaîne le présent, je vis dans l'avenir.

Le soleil épuisé dans sa brûlante course, De ses feux par degrés verra tarir la source, Et des mondes vieillis les ressorts s'useront. Ainsi que des rochers qui du haut des montagnes

Roulent sur les campagnes, Les astres l'un sur l'autre un jour s'écrouleront.

Là, de l'éternité commencera l'empire ; Et dans cet océan où tout va se détruire,

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