THOMAS
Le Temps s'engloutira, comme un faible ruisseau. Mais mon âme immortelle, aux siècles échappée,
Ne sera point frappée, Et des mondes brisés foulera le tombeau.
Des vastes mers, grand Dieu, tu fixas les limites, C'est ainsi que du Temps les bornes sont prescrites. Quel sera ce moment de l'éternelle nuit ? Toi seul tu le connais, tu lui diras d'éclore :
Mais l'univers l'ignore ; Ce n'est qu'en périssant qu'il en doit être instruit.
Quand l'airain frémissant autour de vos demeures, Mortels, vous avertit de la fuite des heures, Que ce signal terrible épouvante vos sens. A ce bruit, tout à coup, mon ânie se réveille,
Elle prête l'oreille Et croit de la mort même entendre les accents.
Trop aveugles humains, quelle erreur vous enivre, Vous n'avez qu'un instant pour penser et pour vivre. Et cet instant qui fuit est pour vous un fardeau ! Avare de ses biens, prodigue de son être,
Dès qu'il peut se connaître, L'homme appelle la mort et creuse son tombeau.
L'un, courbé sous cent ans, est mort dès sa naissance ; L'autre engage à prix d'or sa vénale existence ; Celui-ci la tourmente à de pénibles jeux ; Le riche se délivre, au prix de sa fortune,
Du Temps qui l'importune ; C'est en ne vivant pas que l'on croit vivre heureux.
Abjurez, ô mortels, cette erreur insensée. L'homme vit par son âme, et l'âme est la pensée. C'est elle qui pour vous doit mesurer le Temps ! Cultivez la sagesse ; apprenez l'art suprême
De vivre avec soi-même ; Vous pourrez sans effroi compter tous vos instants.
Si je devais un jour pour de viles richesses Vendre ma liberté, descendre à des bassesses,