RULHIÈRE
Mais ne dispute point : les desseins éternels, Cachés au sein de Dieu, sont trop loin des mortels. Le peu que nous savons d'une façon certaine, Frivole comme nous, ne vaut pas tant de peine. Le monde est plein d'erreurs ; mais de là je conclus Que prêcher la raison n'est qu'une erreur de plus.
En parcourant au loin la planète où nous sommes,
Qu'y voyons-nous ? les forts et les travers des hommes.
Ici, c'est un synode, et là, c'est un divan.
Nous verrons le mufti, le derviche, l'iman,
Le bonze, le lama, le talapoin, le pope,
Les antiques rabbins et les abbés d'Europe, •
Nos moines, nos prélats, nos docteurs agrégés.
Êtes-vous disputeurs, mes amis, voyagez.
Qu'un jeune ambitieux ait ravagé la terre ;
Qu'un regard de Vénus ait allumé la guerre ;
Qu'à Paris, au palais, l'honnête citoyen,
Plaide pendant vingt ans pour un mur mitoyen ;
Qu'au fond d'un diocèse un vieux prêtre gémisse
Quand un abbé de cour enlève un bénéfice,
Et que dans le parterre un poète envieux
Ait, en battant des mains, un feu noir dans les yeux,
Tel est le cœur humain ; mais l'ardeur insensée
D'asservir ses voisins à sa propre pensée,
Comment la concevoir ? Pourquoi, par quel moyen
Veux-tu que ton esprit soit la règle du mien ?
il fut témoin de la révolution qui renversa Pierre III du trône de Russie, et il écrivit à son retour, sur le désir de la comtesse d'Egmont, l'Histoire de la révolution de Russie, qui circula en manuscrit. Catherine II fit tous ses efforts pour faire supprimer ce manuscrit, mais Rulhière, malgré des offres séduisantes, refusa de s'en dessaisir. En même temps, il composait des poésies, des contes, des épîtres dont la plus célèbre est celle des Discutes, que Voltaire inséra dans son Dictionnaire philosophique. Il quitta l'armée en 1765 et entra au service du comte de Provence, qui l'autorisa à puiser dans les archives pour écrire l'Histoire de l'anarchie polonaise, qu'il devait pourtant laisser inachevée. Il fut ensuite employé au ministère des Affaires étrangères. Sur la demande de Breteuil, il composa aussi les Éclaircissements historiques sur les causes de la révocation de l'èdit de Xantes et sur l'état des protestants en France depuis le commencement du règne de Louis XIV (1788). Il avait été élu membre de l'Académie française en 1787.
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|« h. us surtout, je hais tout censeur incommode, Tous ces demi-savants gouvernés par la mode, Ces gens qui, pleins de feu, peut-être pleins d'esprit, Soutiendront contre vous ce que vous aurez dit ; Un peu musiciens, philosophes, poètes, Et grands hommes d'État formés par les gazettes ; Sachant tout, lisant tout, prompts à parler de tout, Et qui contrediraient Voltaire sur le goût, Montesquieu sur les lois, de Broglie sur la guerre, Ou la jeune d'Egmont sur le talent de plaire.
Voyez-les s'emporter sur les moindres sujets, Sans cesse répliquant sans répondre jamais : Je ne céderais pas au prix d'une couronne.... Je sens.... Le sentiment ne consulte personne Et le roi serait là.... Je verrais là le feu.... Messieurs, la vérité mise une fois en jeu, Doit-il nous importer de plaire ou de déplaire ?
C'est bien dit ; mais pourquoi cette morale austère ?
Hélas ! c'est pour juger de quelques nouveaux airs,
Ou des deux Poinsinet lequel fait mieux les vers.
Auricz-vous, par hasard, connu feu monsieur d'Aube,
Qu'une ardeur de dispute éveillait avant l'aube ?
Contiez- vous un combat de votre régiment,
Il savait mieux que vous où, contre qui, comment.
Vous seul en auriez eu toute la renommée,
N'importe ! il vous citait ses lettres de l'armée,
Et, Richelieu présent, il aurait raconté
Ou Gênes défendue, où Mahon emporté.
D'ailleurs homme de sens, d'esprit et de mérite,
Mais son meilleur ami redoutait sa visite.
L'un, bientôt rebuté d'une vaine clameur,
Gardait en l'écoutant un silence d'humeur.
J'en ai vu, dans le feu d'une dispute aigrie,
Près de l'injurier, le quitter de furie,
Et. rejetant la porte à son double battant,
Ouvrir à leur colère un champ libre en sortant.
Ses neveux, qu'à sa suite attachait l'espérance,
Avaient vu dérouter toute leur complaisance.
Un voisin asthmatique, en l'embrassant un soir,
Lui dit : « Mon médecin me défend de vous voir ; »