‹ Anthologie des philosophes français contemporains [microform]Chapitre 12 sur 70 · LA SCIENCE ET LA MORALE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE ET LA MORALE

D'un autre côté, la science peut mettre en œuvre les sentiments qui existent naturellement chez l'homme; pour renTendre notre comparaison de tout à l'heure, on aura beau ttre dts asse'mblages compliqués de bielles et de ma nivelles, la machine ne marchera pas s ,1 n y a pas de

HENRI POINCARÉ

l'amour de ,a scienctporj;.n ,e fïrf "^ ^^"^ ^^-'

chtl TT "°"' """* '" '■'•PP^^t ^o"5t«nt avec quelaue chose de plus grand que nous; elle nous offre un spëcS toujours renouvelé et toujours plus vaste; derrière ce Se nous montre de grand, elle nous fait dev nerTuelque'cho e

qu'elle est moralement saine. '^" '*

Celui qui y aura goûté, qui aura vu, ne fût-ce nu. ^. loin, la splendide harmonie des lois natûrëLl ?. ^

et sans attendre aucune de rf»Q amcc-A /""^^^ sa peine

lî-; ir , ' '" '"*"■" '°'"'"^ parfumée. "^

D autant plus que la passion qui l'fnspire cV.t !',„,. de la v^riM ^f ,t« ♦«! . mapiic, c est 1 amour

vérité et un tel amour n'est-il pas toute une morale?

Y a-t-il rien qu'il importe plus de combattre que le mensonge, parce que c'est un des vices les plus fréquents chez Ihomme primitif et l'un des plus dégradants? Eh bien, quand nous aurons pris l'habitude des méthodes scientifiques, de leur scrupuleuse exactitude, l'horreur de tout coup de pouce donné à l'expérience, quand nous nous serons accoutumés à redouter comme le comble du déshonneur, le reproche d'avoir même innocemment quelque peu truqué nos résultats quand cela sera devenu pour nous un pli professionnel indélébile, une seconde nature, n'allons-nous pas porter dans toutes nos actions ce souci de la sincérité absolue au point de ne plus comprendre ce qui pousse d'autres hommes à mentir- et n'est-ce pas le meilleur moyen d'acquérir la plus rare, là plus difficile de toutes les sincérités, celle qui con- . siste à ne pas se tromper soi-même?

Dans nos défaillances, la grandeur de notre idéal nous soutiendra; on peut en préférer un autre, mais après tout, le Dieu du savant n'est-il pas d'autant plus grand qu il s éloigne de plus en plus de nous? 11 est vrai qu'il est inflexible, et bien des âmes le regretteront; mais du moins il ne partage pas nos petitesses et nos rancunes mesquines comrne le fait trop souvent le Dieu des théologiens. Cette idée d'une règle plus forte que nous, à laquelle on ne peut se soustraire et on doit s'accommoder coûte que coûte, peut avoir aussi un effet salutaire; on peut tout au moins le soutenir- ne vaudrait-il pas mieux que nos paysans crussent nue la loi ne peut jamais plier, au lieu de croire que le gouvernement va la faire fléchir en leur faveur pour peu qu'ils invoquent l'intercession d'un député suffisamment

^"u^science, comme l'a dit Aristote, a pour objet le général; en présence d'un fait particulier, elle voudra connaître

la loi générale, aspirera à une généralisation de plus en plus étendue. Il n'y a là, semble-t-il au premier abord quune habitude intellectuelle; mais les habitudes intellec' tuelles ont aussi leur retentissement moral. Si vous vous

d ntel";?/"'"'' ' '"''' ."'" "' ''' "" P«""=""«^' d« ''accidentel, parce que votre intelligence ne s'y intéressera plus

vous serez naturellement portés à n'y attacher que peî de

pm, à ny pas voir un objet désirable, et à le sacrifier sans

peine. A force de regarder de loin, on devient presbyte pour

plus on n est pas exposé à en faire le but de sa vie. Ainsi on se trouvera naturellement enclin à subordonner les inté-

Et puis la science nous rend un autre service; elle est une œuvre collective, et elle ne peut être autre chose- elle sicire?orr''""T"' '""• '' construction demande des S cnm! r '"" ''"" '"P"'"*^'' ^^ P'^^--^; «t cette pierre tt^nf H T " '""'" '" "''■ ^"« "°"^ -^«""^ donc le sen- Iffn 1 f / coopération nécessaire, de la solidarité de nos effort et de ceux de nos contemporains, et même de cZ de nos devanciers et de nos successeurs. On comprend qu'on n est qu un soldat, quun petit fragment dun tout. C'est ce même sentiment de la discipline qui façonne les consciences

pavsaToù 1-r '"'^^'""'•P'^''- ' ♦^l P--"' ''âme fruste d'un paysan ou 1 ame sans scrupule d'un aventurier, qu'elle les rend capables de tous les héroïsmes et de tous les dtoùe! ments. Dans des conditions bien différentes, il peut exercer dune façon analogue une action bienfaisante Nous sentons que nous travaillons pour l'humanité, et l'humanité nous en devient plus chère. numamté

Voilà le pour et voici le contre. Si la science ni nous

HENRI POINCARÉ

apparaît plus comme impuissante sur les cœurs, comme indifférente en morale, ne pourra-t-elle pas avoir une influence nuisible aussi bien qu'une influence utile? Et d abord toute passion est exclusive; ne va-t-elle pas nous favre perdre de vue tout ce qui n'est pas elle; l'amour de la venté est sans doute une grande chose; mais la belle affaire si, pour la poursuivre, nous sacrifions des objets infiniment plus précieux comme la bonté, la pitié, l'amour du prochain. A la nouvelle d'une catastrophe quelconque, d un tremblement de terre, nous oublierons les souffrances des victimes pour ne penser qu'à la direction et à l'amplitude des secousses- nous y verrons presque une bonne fortune, s il a mis en évidence quelque loi inconnue de la sismologie.

Voici tout de suite un exemple qui s'impose; les physiologistes pratiquent sans scrupule la vivisection, et c est là un crime qu'aux yeux de bien des vieilles dames, aucun des faits passés ou futurs de la science ne pourra jamais excuser A les en croire, les biologistes, en se montrant impitoyables pour les animaux, doivent devenir féroces pour les hommes. Elles se trompent sans aucun doute; j en ai connu

de très doux.

La question de la vivisection mérite de nous arrêter un moment, bien qu'elle m'entraîne un peu hors de mon sujet. Il v a là un de ces conflits de devoirs que la vie pratique nous montre à tout instant. L'homme ne peut reiioncer à savoir sans s'amoindrir; et c'est pourquoi les mterets de a science sont sacrés; c'est aussi à cause des maux quelle peut guérir ou prévenir et dont la masse est incalculable; et d'un autre côté la souffrance est impie (je ne dis pw la mort, je dis la souffrance). Bien que les animaux mférieurs soient sans doute moins sensibles que 1 homme ils méritent la pitié. Ce ne sera que par des cotes mal taillées

qu'on pourra s'en tirer; le biologiste ne doit entreprendre

n y": rus::rsf ' *'" î" ""^^-^"^^^ rée„e.!:ruti ;:;

Il y a auss. très souvent des moyens de réduire la douleu à on mmimum; il doit s'en servir. Mais, à cet g rd on do s en rapporter à sa conscience; toute intervention Lie

t on TriT '' "" P^" "'"■^"'^•- ■« Parlement peu tom «peut tout ï"'' '"''"' '"^"Ser un homme en femme^^ Il peut tout, dirai-je, excepté rendre un arrêt comDétentTn n,at,ère scientifique. Il n'y a pas d'autorité qu pu'se éd^cteî des règles pour décider si une expérience est mile

Mais je reviens à mon sujet- il v a de^ LIT ■ a-

une opinion très rénanHiiA «* «»• j •. . " y a la

Hpmo«* tt répandue, et qui doit avoir quelque fon-

1' • . maures qui la comorennpnf ^t r,,,;

1 aiment, peut jouer un rôle très utile Pt t^c ^

l'éducation morale. Mais ce l7r^^L^!l. 'T'"'''"* "'"^ donner un rôle exclusif Fii. » . • '^ '^^ ^°"''""'' >"' n>ents bienfailan^s ^^e l\„71'rde""" '" """■mais d'autres disciplLs'L pe 1 n éUem'ent'l '"""'•i une sottise de se priver d'aucun auxi fa e „ous !'«" pas trop de toutes leurs forces réunie. Il ,, 7 "'

j;ont pas l'intelligence des l^ï^Sent fiq^u s" S "Tn

1^ SrTonT'^T; ^"''■' ' ^ ''^"^ 'o'tesVcîss: élèves qu. sont « forts ., en sciences. Quelle illusion

de croire que si la science ne parle pas à leur intelligence, elle pourra parler à leur cœur !

J'arrive au second point; non seulement la science comme tout mode d'activité peut engendrer des sentiments nouveaux, mais elle peut, sur les sentiments anciens, sur ceux qui naissent spontanément dans le cœur de l'homme, édifier une construction nouvelle. On ne peut pas concevoir un syllogisme où les deux prémisses seraient à l'indicatif et la conclusion à l'impératif; mais on peut en concevoir qui soien bâtis sur le type suivant : Fais ceci, or, quand on ne tait pas cela, on ne peut pas faire ceci, donc fais cela. Et de pareils raisonnements ne sont pas hors de la portée de la

science

Les sentiments sur lesquels la morale peut s'appuyer sont de nature très diverse; ils ne se rencontrent pas tous au même degré dans toutes les âmes. Chez les unes, ce sont les uns qui prédominent, et il y en a d'autres chez qui ce sont d'autres cordes qui sont toujours prêtes à vibrer. Les uns seront avant tout sensibles à la pitié, ils seront remués par les souffrances d'autrui. Les autres subordonneront tout à l'harmonie sociale, à la prospérité générale; ou bien encore ils souhaiteront la grandeur de leur pays. D autres peut-être auront un idéal de beauté, ou bien ils croiront que notre premier devoir est de nous perfectionner nous-mêmes, de chercher à devenir plus forts, à nous rendre supérieurs aux choses, indifférents à la fortune, de ne pas déchoir à

nos propres yeux.

Toutes ces tendances sont louables, mais elles sont différentes; peut-être sortira-t-il de là un conflit. Si la science nous montre que ce conflit n'est pas à craindre, si elle prouve qu'on ne saurait atteindre l'un de ces buts sans viser à l'autre (et cela est de sa compétence), elle aura fait une

Sse rlt\ '"'" "PP""' ^"^ '"°^«''^*^« «ne aide pré- I2é\? T'"' ''"' ^"'''"'■'^ combattaient en ordre ds-

cuTer vonT T ''''"* '"^^^''«'' ^«^« "" objectif Jart^cuiier, vont maintenant serrer Ipc r««,,,, a ,

aura démontré que la vi toXe de ch,/ ' "^ /f "" "" ''^ tous. Leurs efforts seron coorL^ et! jr'" '' sciante deviendra une armée d^S " '""'^ '"~"-

Est-ce bien dans ce sens que marche la science v ii „. permis de lesoérer- p\U t^^^ ^ , science.-' ii est

trer la solidarK;. i "'"^ ^" P'"' ^ "°"s mo"-

en d vo le rhL- ''' "''*'" "^^ ''""''^^'•«' ^ nous

de notre intém/e' *'*"'" P'^'" ""'^"^ «^' "" "esoin

science P C sï 'n"''' 'V'" '""'''"'"* "" P**'*"'^' <^^ '« déciî'/TouSrest'r: :;?; ^^ "'-treprendral pas de fait aller JrsZS.T "'* ^^ ^^'" ''""''t^ «« """^

particulière .t ï u'"''"' ''"'^"^ ^°°^'^o""« '^^ lois

particulières et les rattache à une loi plus eénér«i^ „»

Ti^tc^Tîr ^"^^'' ' ''""'"^^ '- CvatST Le (Dernières Pensées, p. 2^ et suiv.. Flammarion).

OCTAVE HAMELIN

L-esnrit héeéllen et l'esprit cartésien semblent ''"«""^.i."' °°' p„t3'un"?4a .union ^-;e e- -1 - .e;jr^,c..— , '«i^aUsme^

mmsmémm

,ra"nTu elle-même la méthode analytique. Mais cette méthode syn-

zr^r-tTrcS: rmef^n^i^et '^rrry^

irsTaisaUrdan": Pu'niverse, concret ««é.l-'f ^'^ A^^»^ fV,™:

♦ Hif .rni nnnose l'être au néant et les contraires dont 1 un est ment ^it qui oppose l être a réciproquement l'un par

;faur.''=n''U é^r :£. ^

r.rad?:oi^rrs. n,"ent"reuYnrcha^r en soi: . ns\on. seulement des contraires: et pour bien caractériser les contraire^... 11 faut dire aue ce sont de's Jrrilalits... . « Le déterminé n'étant donc pas con- ?radlcto^rren soi, mais seulement incomplet dans chacune de ses tradlctoue en *"' '"^ s'ensuit que la méthode synthétique.

bt'rTolTTle'^ïé^elopp: à a m^nirre^hégéUenne en des négaOons siccesrivest'deliaTocîder, au contraire, par des affirmations qui

se compléteront et dont la dernl^rp .«,.-

fond Aristote. assez mal 1 nr^î^ i "^*' comme le voulait au

et intégralement déflni » ^^""^ '""^^^"^ ^^^ «^«^^* ^'«^re achevé

ar^'e de'r'c^rre^aTlo:' vl'tenf^^'i^' "r^""' * ^'«^^^ <>^ ^^ -ule qui s'oppLnt à la ;eco„str?*'^^ ' triompher de tous les obstacles

cadre df la reVrtematir^o "se e'e "^°"'^' "^"' '^

général, le philosophe s'élève à « n)^ff ^ relation, du rapport en moments : unité. pCalit^ et tota it^ n r" ,"*" 1^""^'' «^^^ ^^^ *^°'« plus distinctes, puisque Je nomhr; ^'^ /". '*'°'" ^*«"* «'"^^ ^^Jà en même temps qu'il^"es relie Tntr. /n ''°'' '"' ""^' ^^« ^"*^^« d'une série irréversible c'est à înl r"' ""*"' parvenons à l'idée unique), à la notion de temts Cette rfor'" r'""' ^°^^ *^"^P^« «* se définit dialectiquement A^ /'/nv 1„,"° '°" ^^ ^^"^P^' ^ ««" tour, comme à la limite sTpnL l'in^rv^n * °PP°^^ '^ ^«P^ ''^ /e'/np.s. du laps de temps n'est'aue que al" ^\^^'"*^^^ f^ l'instant ^et de temps. Hamelln, tout en Iccentant ./* j^. P'°P«1 ^^ cette notion temps spatiahsé. formule con^rf l'hvLtH/ !?"', ^^^«^«nienne du le plus grave reproche ou^on hH «î ^^ ^'^ ^"^ ^^ ^"''^^ concrète de prendre le conTenu oualUatif d T"' '*°"*' -"'^"^^^^ ^^"' ^ ««^«^^ Après le Temps c^es^rllnli ""P" P°"^ ^^ *^"^P'» lui-même,

patient architecte idéaU te En pfT.r''"'\ "°"' P^^"^^* d'accéder le successive. Irréversible et un^^-n', ""♦ ^^P' ^"' ^«^'"^ ""^ «^^ie tanées. réversibles e' muUrp?es Là ?n.o "'^r^'i- ^" ^*^"^^ «•'""^nienne se révèle féconde out^n ^n .T T ^^ dialectique hamelltuel de l'espace, elle ne 'néX.n' '^"* '"' ^" caractère Intellec

l'espace, au 'conlrai e. du temps peut êtr"e' vf \T l^^^^* ^"*"^"'' Intéressant de noter oue dan^ i« m^ k, "^^ ^* *'*"*^^^- ^^ ^^t très concret, la notion de^s^aUaï té esïnlln'-^". '" ^^ ^'«^^*^«^» «" de temps. Le caractère Réaliste de îâ svnth^ du concret que celle ^outerois cette constatation de^s'ii^U^rTvl^e^Lll^^^^^

dan: un:':rcensiorï TrarZ:7e''l;^'' '" mouvement i la qualité les diftlcultés devieAnenrnresâuP .nf^ k!" ?.'"" aventureuse; mais s'élever de l'altéraUon de la aualitJr^ ''"^J'n ^^''^^"'^^ ^'««^* de la classification en genre et en ^., ni. ^ spécification. cVst-à-dire

causalité. HameUn pose dL? fo?t ' P"^' "^^ ^^ classification à la causalité; il ^nontre^ comment t rJ^ ''^"'"' ^' problème de la l'analyse si exhaustive a^^n" solten'T'"''"* ^'^"'^*^'' ^«'""^^"^ compte de l'essence mLl. dé , a causalité^ EnT/ni^H T'""'* ^^"^^« d'Arlstote à exprimer la caus«Iit? »!f ♦ *" ^P^* *^^ ^^ prétention

tiques, la relation Tausife nTstnas anlur''' 'n ''''^'' «y"°«^»- La cause ne contient pas TeirPt^n ^"^'''*'?Vf •* ^"" "* progressive, dit. Hamelin en ntroduisait îa nntin ' ''^ '"i l'entraîne. Mais, ceci

prétend rendre compte ertermes s nhé^tK/n ^,'""f '' '^^ ^°-^' « La causalité, dit-il est uT .nîh - ^ ! '*'' ^^ relation causale.

mènes par un dynamisme mécan que rationnel "f M^'^"' '^ P"^"^" cédant que l'état actuel des scienc^s^^^rm":!- /as^dT^énéti^^ Zl

OCTAVE HAMELIN

aence de la causalité dans l'ordre des phénomènes proprement qualificatifs, il semble bien difficile d'accepter comme valable son explication de la causalité mécanique proprement dite. Sans doute peut-on admettre « que ce n'est pas l'être qui est le fondement de l'action, que c'est au contraire l'agir qui fait l'être ». Mais ayant ainsi écarté les objections matérialistes, il s'en faut que nous ayons éclairci le fond du problème. En effet, la notion de force à laquelle Hamelin a recours demeure aussi peu claire que la notion de cause. S'il est vrai que la notion de force rende la cause intelligible, ce ne peut être qu'au point de vue du sens commun, bien éloigné de la pure doctrine idéaliste. Si l'on nous dit que l'efl'et est lié à la cause dans une relation synthétique, on ne nous a pas appris grand'chose. N'importe qui sait bien que le principe de la conservation de l'énergie qui implique l'égalité de la cause et de l'effet, laisse de côté l'essence même de la progression, du changement contenu dans la relation causale. Mais le mot synthèse, pas plus que le mot corrélation, ne suffit à nous rendre intelligible, ce qui, d'après l'épistémologie meyersonienne, est profondément irrationnel.

Une fois passé (ou tourné) le terrible obstacle de la causalité, les autres problèmes, finalité et même conscience, apparaissent relativement faciles à résoudre. L'allectivité elle-même ou plus exactement la représentation affective semble ne plus offrir de mystères insondables : « Le plaisir et la douleur sont comme tous les moments de la pensée, originaux, irréductibles; il ne faut point essayer de les ramener à d'autres phénomènes, il faut seulement montrer qu'ils arrivent à leur place dans l'ordre dialectique. » Le plaisir vient se placer tout naturellement à la suite de la tendance et de Tactivité. tout comme la représentation affective se place après la représentation théorique et la représentation pratique. Mais s'il en est ainsi, le processus hamelinien qui prétend aller de l'abstrait au concret, ne présente-t-il pas la même insuffisance que la construction hégélienne. Sous prétexte de ne pas s'enfermer dans l'analyse, son œuvre ne devient-elle pas purement descriptive, pour ne pas dire verbale? Dans cette synthèse idéaliste qui admet tous les points de vue et concilie les systèmes les plus opposés, subsiste toutefois une armature dogmatique qui écarte tout reproche d'éclectisme. Tout le long de VEssai sur les éléments principaux de la représentation, on retrouve l'affirmation suivante : « La réalité extérieure n'est jamais atteinte à titre d'objet, que dans la mesure où elle revêt l'aspect d'une raison, d'une condition des états internes. » L'idéalisme d'Hamelin demeure donc absolument radical; sa philo- Sophie « toute rationnelle et toute notionnelle » peut accorder un rôle étendu à la recherche expérimentale, elle ne fait ainsi que mieux dégager le postulat rationaliste contenu en toute expérience scienti- «que. Echappant en même temps au réalisme, à l'empirisme, au sensualisme et au mysticisme, l'effort d'Hamelin offre probablement avec celui de M. Brunschvicg, la seule chance que le positivisme, ou plutôt l'esprit positiviste notablement élargi et transformé, ait d'échapper à une ruine totale. Chez Hamelin surtout, en retournant

OCTAVE HAMELIN

k Pidéalisme le plus obstiné, l'esprit de système revendique ses droits et afllrme son privilège. Il semble important de constater que malgré les tendances bergsoniennes, thomistes ou pragmatistes, l'affirmation hamelinienne garde un prestige intact et peut-être accru.

— Né le 22 juillet 1856 au Llon-d' Angers (Malne-et-LoIre). Agrégé de philosophie, professeur au Lycée de Pau en 1883. Professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux 1884. Professeur à l'Ecole Normale supérieure et à la Sorbonne 1905. Mort le 11 septembre 1907, à Huchet (Landes), en voulant sauver une de ses nièces qui se noyait.

Bibliographie. — Essai sur les éléments principaux de la représentation (Alcan, 1907). — 2* édit., références et notes par Darbon (Alcan, 1925). — Physique d'Aristote, livre II, traduct. et commentaires (Alcan, 1907). — Le système de Descartes, publié par L. Robin (Alcan, 1911). — Le système d'Aristote, publié par L. Robin (Alcan, 1920). — Le système de Renouvier (Vrin, 1927).

Principaux articles :

Qu'est-ce que l'Instruction? (Critique philosophique, 10 juin 1880).

— Etude sur la pesanteur de l'atome dans le système de Démocrite (Annales de la Faculté des Lettres de Bordelàux, 1886). — La philosophie analytique de l'histoire de M. Renouvier (Année philosophique, 1898). — Sur l'Induction (id., 1899). — Sur une des origines du spinozisme (id., 1900). —r Sur la logique des stoïciens (Id., 1901). — Du raisonnement par analogie (id., 1902). — Corrections à la plus récente des traductions françaises des Prolégomènes de Kant (id.. 1903). — L'Union de l'âme et du corps d'après Descartes (Id., 1904).

— L'Opposition des concepts d'après Aristote (id., 1905). — Sur un point du troisième argument de Zenon contre le mouvement (id., 1906). — La morale d'Aristote (Revue de métaphysique et de morale, 1923, p. 497, sq.).

Page 1