‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 2 sur 40 · XVI NOTE BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XVI NOTE BIBLIOGRAPHIQUE

Enfin on trouvera peut-être M. Stéphane Halgan (ci-dessous, p. iij et 1 68), trop sobre d'indications sur le recueil si rare et si curieux qui contient les poésies de René Gentilhomme et de Babin. Mais une publication antérieure de la Société des Bibliophiles Bretons, le volume des Lettres nouvelles de Des Forges Maillard {1882), renferme sur René Gentilhomme et sur son recueil des renseignements très complets, aux pages 1^4 à l'jj et ijg à 181.

NICOLAS DADIER

E que nous savons de la vie de Nicolas Dadier se réduit aux faits suivants : il naquit à Campénéac, près Ploërmel, en 1 5 5 3 ; il entra dans l'ordre des Carmes que le Père Jean de la Croix avait tout récemment réformé, il se fit recevoir docteur en théologie, fut prieur à diverses reprises de plusieurs couvents de son ordre, notamment à Ploërmel et à Tours ; il mourut aux Carmes de Ploërmel, en 1628, à Tâge de yS ans. Il est à croire qu'il écrivit plusieurs ouvrages de théologie, et prit part aux luttes scolastiques de son temps ; mais les deux seuls livres qui nous sont parvenus sous son nom n'ont pas ce caractère. Le premier, que M. de Kerdanet mentionne, mais qui, inconnu aux autres bibliographes, pourrait bien rejoindre, dans la catégorie des livres bretons supposés, la Parure des Dames de René-Timothée de Lespine, serait une Brève description de VArmo-

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rf^«e (i 63 1, in-4»), espèce de statistique des principales villes de Bretagne; le second, dont l'existence est, malgré sa rareté, dûment établie, est un poème d'un mysticisme fleuri, publié à Rennes, en i6i3, chez Tite Haran, sous ce titre : la Vie de la Vierge Marie, ou la Parthenice Mariane. Ce n'est point une œuvre originale, mais une traduction , parfois fidèle , parfois très libre, d'un des sept poèmes que Battista, dit le Mantouan, poète latin du XV» siècle, composa en l'honneur des vierges saintes, et, en premier lieu, de la Vierge Marie. Ce compatriote de Virgile, qu'Erasme mettait à peine au-dessous du maître, donna aux sept poèmes dont il s'agit les titres de Parthenice prima, Parthenice seciinda... (du grec Trapô^voç, jeune fille) ; c'est ce qui explique ce bizarre assemblage de mots — la Parthenice Mariane — que Dadier emprunta à un traducteur français des premières années du XVP siècle (Lyon, i523) et qu'il mit à la tête de sa propre paraphrase de l'ouvrage du Mantouan.

Dadier a mis son livre sous la protection d'un des plus grands seigneurs, d'un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays : c'est au très noble et vertueux seigneur, marquis de Ros^ madec, baron de Molac, de la Hunaudaye et Montafillant , seigneur de Penhouet , gouverneur des ville et château de Dinan, qu'il a dédié sa Parthenice Mariane. Ce Sébastien de Rosmadec est le même qui fut aussi gouverneur de Quimper et qui — au rapport de Lobineau — a avoit conçu de vastes

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desseins pour une nouvelle histoire de Bretagne ; » son portrait et la généalogie succincte de sa maison se trouvent dans la Science Héroïque de Vulson, publiée à Paris, en 1644, et d'Hozier, lui faisant hommage de son édition de V Histoire de Bretagne^ de Pierre le Baud, parlait de « Testime extraordinaire qu'il faisoit de ses vertus et de ses talents. » Dadier avait donc bien choisi le protecteur à qui il dédiait son livre ; elles n'étaient pas vaines, sans doute, les louanges par lesquelles il remerciait le marquis de Rosmadec de témoigner une bienveillance éclairée aux couvents de son ordre ; et sa reconnaissance s'appuyait ingénieusement sur des souvenirs historiques, quand il ajoutait : « Un chacun a « aussi cognoissance du regret qui pénétra vostre « âme, après avoir veu les lamentables ruines de « vostre maison et monastère des Carmes, jadis a l'honneur de la ville de Ploërmel, temple fondé, a basti et dédié, il y a plus de trois cents ans, par les « anciens ducs et princes souverains de ce pays. » — A la suite de la dédicace à Rosmadec, se lisent deux sonnets liminaires , signés des noms obscurs de G. LeheuUe et F. G. Le Roy ; ces sonnets, où l'emphase de convention étouffe tout accent sincère , égalent Dadier aux plus grands poètes ; ils prouvent du moins que la réputation du carme breton s'était étendue ; le second, celui de Le Roy, se termine par ces vers :

Et comme un greffe enté sur une vive plante, La nourrit, l'embellit, la rend plus florissante,

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Et lui donne en saison un branchage ondoyant, Ainsi, ô mon Dadier, de ta Muse la gloire, S'unissant à Mantoue, au temple de Mémoire Te prépare un laurier à jamais verdoyant.

Je ne me demanderai plus, en étudiant les vers de Dadier, où et quand notre poète n'a été qu'un simple traducteur ; les traductions poétiques de son époque ont toute la saveur d'oeuvres originales. Seulement, comme les divisions du poème appartiennent au Mantouan, je ne m'astreindrai pas à les suivre minutieusement, et je me placerai au point de vue du style et de la langue, beaucoup plus qu'à celui de la composition.

Dès le début de son poème, racontant les réjouissances qui accueillent la naissance de la Vierge, Dadier ronsardise agréablement.

Au reste on couronna les portaux du logis De rameaux verdoyans et de bouquets fleuris. Par les rues aussi, les gaillardes chambrières Espanchèrent l'honneur des herbes printannières, Les voisins réjouis festoyèrent ce jour Comme le Sabat mesme, et n'y eut quarrefour Qui lors ne retentist du chant des gayes filles.

Est-ce qu'il ne se dégage pas de ces vers, comme du banc de violettes que Shakspeare fait respirer à son duc d'illyrie, un frais et capiteux parfum? Je mets en regard, comme opposition, ce fragment des Etudes de la Vierge :

Bref tout cela qu'ont eu de fier, d'avantureux, De lascif, de cruel, les femmes du vieil aage.

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La Vierge le sçavoit, et condamnoit, très sage,

Ce qui pouvoit blesser les vertueuses mœurs,

Imitoit, en lisant, l'avette cueille-fleurs ;

Elle brodoit tantost quelque robe de laine,

Tantost elle filoit la soye Tyrienne,

Ou bien elle ourdissoit une toile de lin,

Pour en faire au grand prestre un neigeux surpelin.

Cette époque de transition, où des souvenirs de Rome paeïnne se mêlent confusément aux épanchements d'un christianisme naissant, est peinte avec un charme naïf. C'est avec un redoublement d'allégresse et comme un débordement de gaieté, que Dadier retrace les fêtes du mariage de la Vierge, et les élans joyeux du vieux Joachim.

Et mesme quelquefois, oubliant la foiblesse Et le morne chagrin de sa blanche vieillesse. Il prononce hardiment des mots facécieux. Et s'esclate d'un ris modeste et gracieux, Puis ses gens sollicite, et hastif leur commande De couvrir, pour souper, les tables de viande. Ordonne d'apprester les chambres et le lict, Et d'espandre par tout le spacieux logis Toutes sortes de fleurs et d'herbes odorantes ; Outre, il fait revestir les poultres traversantes De lyerres espais, les porteaux d'oliviers. Et les huis virginaux de verdoians lauriers, Fait semer sous les pieds les œillets et les roses Et maintes autres fleurs nouvellement décloses Qu'Anne pour cet usage avoit expressément En son mignard jardin nourries chèrement.

Il faut nous arracher aux molles séductions de cette poésie, pour donner une attention plus sou-

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tenue à l'épisode que Dadier a le plus amoureusement décrit, la Nativité de Jésus ; à force de candeur et de grâces, le carme breton n'a pas fléchi sous un tel sujet. Voici d'abord, dans la nuit inhospitalière, Marie et Joseph en quête d'un logement :

Jà dedans le forbourg il estoit parvenu,

Et le peuple infini de tous costez venu

Combloit toute la ville, et les hostelleries

Estoient d'hostes nouveaux espaissement remplies :

Si que tous les logis d'un bruit estourdissant

Et d'un confus murmure alloient retentissant...

Le peuple, à grands monceaux, durant la nuict obscure,

Soubs les porches ouverts se couchoit sur la dure.

Et le vague * estranger ne trouvoit plus de lieu

Pour se mettre à couvert...

Repoussés de porte en porte, ils se réfugient sous un pauvre hangar; Joseph accommode le gîte de son mieux.

Puis de dessus le dos de l'asne paresseux Promptement il apporte un souper disetteux, Un vase, un peu de pain, des figues savoureuses. Des noix, des raisins secs, des gousses doucereuses. Quelque peu de fourmage, et quelque peu de fruict .

Bientôt le patriarche se couche,

Se couvre d'un drap chaud, s'endort profondément, Et la grotte mugit de son haut ronflement.

Cependant Marie a enfanté (j'omets à regret tout un

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