‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 25 sur 40 · RENÉ LE PAYS · texte numérisé non relu

RENÉ LE PAYS

Né a Fougères, 1634, mort a Paris, le 3o avril 1690.

E Pays dut jouir d'une certaine renommée, puisque ses œuvres eurent, de son temps, plusieurs éditions, et qu'on les réimprimait, à Leipsick, un siècle après leur apparition. C'est chose assez inexplicable, puisque ce très petit poète breton écrivait au plus beau moment de la littérature française.

Ses premiers volumes contiennent des pièces en prose, d'autres en vers, d'autres oîi les deux genres sont mêlés. Ce sont, pour la plupart, des lettres galantes, fort pauvres de sentiments et d'idées, où surnagent des vers d'une nullité qui va jusqu'au grotesque. On ne peut pas dire que Molière ait trouvé en lui le modèle de son amoureux bourgeois de la Comtesse (TEscarbagnas^ car la première édition du premier volume de Le Pays est d'une année postérieure à la première représentation de cette comédie*;

I. C'est une erreur: M. Halgan n'avat pas vu la i" édition des Amitié^- Amours et Amourettes (i665> de six ans antérieure à la Comtesse d'Escar, bagnae (lôji.)

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on dirait, au contraire, que ce soi-disant poète breton s'est plu à imiter servilement et sérieusement M. Thibaudier. Je n'en veux pour preuve que cette citation :

ce J'ay reçeu vos noix confites, et j'en ay déjà mangé « beaucoup, et je les ay trouvées excellentes; mais, « Madame, ce ne sont pas là les douceurs que je vous a demandois par mon dernier billet :

« Alors qu'un pauvre Amour pleure et se désespère, f De semblables douceurs augmentent sa colère ; « C'est une cruauté que le ciel vous deffend; « Ouy, quand on voit l'amour en des peines si dures,

« C'est trop le traiter en enfant, € Que d'appaiser son mal avec des confitures. »

Des élégies fades, des épigrammes émoussées, des sonnets sans pointes, des déclarations d'amour sans passion ni bon goût, des madrigaux sans trait, des églogues ou des satires sans fraîcheur et sans style, des galanteries à donner des nausées, voilà l'œuvre de ce pauvre poète qui se plaît à entremêler vers et prose, et auprès duquel Saint-Evremond est un Homère et le galant Dumoustier un Horace.

Je ne citerai de lui que le seizième sonnet, non qu'il soit un chef-d'œuvre, mais il est inspiré par une vue de la Loire. Cette pièce passe du sévère au plaisant, comme le fameux sonnet du coude, de Scarron :

Vers l'endroit où la Loire entre dedans la mer, Assez près de cette isle et fertile et charmante,

igG RENÉ LE PAYS

Qui fit faire à la Cour le voyage de Nante,

Et qui couste à son maistre un regret bien amer;

Près de ce lieu fameux, un navire étranger, Qui faisoit voir de loin son enseigne pendante, Après avoir été battu de la tourmente, Sembloit prendre repos, lassé de voyager.

La mer étoit pour lors douce, calme et tranquille, Et n'eust pas soulevé le cœur le plus débile; Le ciel étoit aussi pour lors serain et doux.

Quand, dans ce grand vaisseau, parut à notre veiie Un jeune matelot, Messieurs, le croirez-vous ? Un jeune matelot mangeant de la moriie.

Ce sonnet, littéralement, desinit in piscem ; cela n'implique pas nécessairement que la première partie en soit belle.

Bibliographie.

1° Le Pays. Œuvres en deux volumes. A Paris, chez Barbin, au Palais, sur le second perron de la Sainte-Chapelle, 1672.

2° Œuvres nouvelles de Le Pays ; un volume, avec figures, chez Charles Leray, au Palais, au sixième pilier de la grand'sale. (Sans date.)

3» Le Pays. Amitiei^ amours et amourettes^ i665.

4° Même ouvrage et même titre, « chez Claude Prudhomme, » 1705. »

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