ÉMILE VÉZINA
Moins sombre pour notre âme, au sein des nuits sans lune, Est ta mélancolie éparse sur la dune, O morne écoulement d'un océan sans pli,
Que de voir s'en aller, ainsi que font les roses, Nos rêves, nos espoirs, tous ces mirages roses, A Tincommensurable abîme de l'oubli!
J'évoque et revois tels qu'aux antiques printemps, Et dans leur première aube et sans faste illusoire, Tes frontons dont l'éclat illumine l'Histoire, O temple qu'ont bâti des dieux ou des titans!
Éternellement jeune, aux soleils éclatants
Ton marbre chante encor son grand hymne de gloire
Et sourit à l'azur, malgré la trace noire
Des affronts que t'ont faits les hommes et le temps.
Ainsi, contre les coups du Destin qui l'accable, Et solitaire au sein de la foule implacable, Se dresse, en sa splendeur sereine et sa fierté,
L'âme en qui brûle et vibre et parfume et rayonne, Comme une lampe d'or, ton mystère, ô Beauté, Déesse à qui l'on croit, que l'Art divin couronne!
BIBLIOGRAPHIE. — Les Bengalis, poèmes épars, recueillis par M. Casimir Hébert (Montréal, Edouard Garand, 1931).
Arthur Bussières — ou, comme il signait pour imiter Balzac : de Bussières — naquit le 21 janvier 1877 , à Montréal. Il ne fréquenta jamais d'autre école que l'école élémentaire. Peintre en bâtiments de son métier, il se lia de bonne heure avec Nelligan, Charles GUI et autres