LA ROYALE CHANSON
Prends ton vieux violon, Sonne la chanterelle Et suis ma voix, le long De la Chanson pour Elle.
L'amoureuse n'est plus et le poète est mort; Mais la chanson d'amour, vivante, chante encor.
La chanson s'alanguit encore de leurs fièvres
En s'exhalant, le soir, aux lents soupirs des lèvres.
Le poète est sous terre et l'amoureuse aussi; Us dorment, l'un tout près de l'autre, sans souci.
Des désirs qu'ils n'ont plus la chanson est brûlante; De leur bonheur passé la chanson seule chante.
Ils sont un peu de cendre au fond de deux cercueils, Et la chanson exalte encore leur orgueil.
Elle était belle et douce aussi, la Bien-Aimée; La chanson de son souffle est toute parfumée.
Elle était reine, et lui grand prince ami de l'Art: La chanson que je chante est du temps de Ronsard.
Sonne la chanterelle A ton vieux violon, Et suis ma voix, le long De la Chanson pour Elle.
(Le Miroir des Jours)
Ernest Tremblay
M. Ernest Tremblay a fourni au théâtre français de Montréal plusieurs revues d'intérêt forcément passager, et à la presse une collaboration en prose et en vers très active.
En réponse à une demande de notes biographiques, M. Ernest Tremblay nous écrivait :
{(Sa naissance fut un accident. Son caractère se forma au hasard des milieux hétéroclites qu'un orphelin fréquente le long de son difficile pèlerinage. Il aime le soleil, le bon vin, la bohème. Journaliste, comédien, revuiste, il n'écrit que pour se distraire et distraire les autres. Passants de la vie qui ne pouvez lui donner V oubli,. . . oubliez-le. — Né en 1878 — la comédie achève. — Santé, joie.))
Ne prenons pas trop au sérieux ces paroles mystérieusement tragiques: M. Tremblay est surtout un humoriste. Il est d'ailleurs à souhaiter que ce jovial camarade vive longtemps encore.
M. Tremblay est né dans l'État de New- York. Comme quelques milliers d'autres Tremblay, cependant, il est primitivement originaire du pays de Charlevoix et Chicoutimi.
Il a pratiqué longtemps le reportage, surtout à la Presse. La maladie, depuis quelques années, l'a réduit à l'inactivité.
V USINE-MINOTA URE (Gazette rimée) (1908)
Aux fiir d'ia fact'rie d'coton, respectueusement je dédie.
Ah! parents, vous payez trop cher!
Faut-il que le Travail restaure Le barbare impôt de la chair Offert jadis au Minotaure ?
Ninette atteignait ses quinze ans N'avait jamais quitté le gîte D'une famille d'artisans.
C'était une pauvre petite.