‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 120 sur 241 · ERNEST TREMBLA Y · texte numérisé non relu

ERNEST TREMBLA Y

Mais pour faire aller la maison ■ — Malgré la chère créature, Qui dut se rendre à la raison — Elle entrait à la filature.

Et tous les jours, du même pas, Sous le même manteau noisette, Elle allait portant son repas Enveloppé d'une gazette.

Auprès des longs fuseaux d'airain Elle penchait sa maigre échine, Laissant filer, filer le brin, Pour alimenter la machine.

Les heurts des engins tapageurs, L'engrenage guettant des proies, Mêlaient des hurlements rageurs A la tempête des courroies.

Tremblante, dans ce bruit d'enfer, Elle a des frayeurs ridicules, Croyant que les monstres de fer Vont l'étreindre de leurs tentacules.

Les contremaîtres polissons Firent la première blessure A ce cœur tout plein de chansons, A cette âme sans flétrissure.

Trop tôt revenait le matin ; L'atelier lui parut sinistre.

Elle ploya sous son destin Et son œil se cercla de bistre.

Comme les petits avaient faim, Ninette n'eut pas de jeunesse.

Elle gagnait, gagnait du pain Et se mourait par droit d'aînesse.

Un soir, loin des milieux troublants, Cette petite fleur craintive Refermait ses pétales blancs, Comme sa sœur, la sensitive.

Et Ton n'entendit plus le pas De l'enfant au manteau noisette, Qui passait, avec son repas Enveloppé d'une gazette.

BIBLIOGRAPHIE. — En vers : Des Mots, des Vers (Beauchemin, Montréal, 1911); — Du Crépuscule aux Aubes (Beauregard, Ottawa, 1917); — Les Ferments (Ibid., 1917); — Àromes du Terroir (Ibid., 1918); — Les Ailes qui montent (Ibid., 1918). — En prose : Le français en Ontario (Nault, Montréal, 1913) ; — Une opinion sur la littérature canadienne-française (Beauregard, Ottawa, 1913); — La sépulture d'Étienne Brûlé (Société Royale du Canada, Ottawa, 1915); — Le «Foyer»; la Charité en action (Ottawa, 1920) ; — La Vente de la Poule noire, anecdote (Ottawa, 1920) ; — L'Hôpital public d'Ottawa (Ottawa, 1921) ; — Trouées dans les Novales, récits (Ottawa, Beauregard, 1921) ; — Nos Lettres (Ottawa, 1921); — Sainte-Anne d'Ottawa (Ottawa, 1925); — Autour du Roman: «Les Anciens canadiens» (Manchester, 1926). M. Jules Tremblay a collaboré à un grand nombre de revues et de journaux, tant anglais que français.

M. Jutes Tremblay naquit à Montréal, le 5 juillet 1879. A peine sorti de l'École normale Jacques- Cartier (1897), il se lançait à corps perdu dans le journalisme. D'abord attaché au Telegram, de Worcester, dans le Massachusetts (1897), puis au Canada français, de Saint- Jean (P. Q.) (1898), on le retrouve par la suite rédacteur au Canada, de Montréal, puis à la Presse, à la Patrie, enjin au Devoir. Les gazettes ne devaient pourtant pas le retenir toute sa vie. En avril 1911, M. Tremblay devenait secrétaire de l'Association canadiennefrançaise d'Ontario, qui justement à ce moment-là venait de se fonder. Mais dès l'année suivante (1912), revenant à ses anciennes amours, il fondait à Ottawa, en collaboration avec M. Louis Morisset, le journal la Justice, où devaient se livrer de beaux combats pour le maintien et l'expansion de la langue française en Ontario. Subsêquemment devenu directeur de l'information au Temps, d'Ottawa, puis traducteur aux Communes. Il a été secrétaire du Conservatoire Lassalle et de l'Ecole littéraire (à Montréal) et du Cercle outaouais de V Alliance française.

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