‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 127 sur 241 · ALPHONSE BEAUREGARD · texte numérisé non relu

ALPHONSE BEAUREGARD

Je la perce, vire, tournoie, Et le couple que je coudoie Semble petit.

Pareillement je diminue,

Nous sommes un point dans la nue ;

Je ne sais pas Si je patine ou si je vole, Je ne vois qu'une farandole

De haut en bas.

L'acier grince, partout on jase. . .

Est-ce que la mouvante extase

M'échapperait ?

Voici le dernier son des cuivres; Sans aucun doute je fus ivre

A peu de frais.

(Les Forces)

UOR

Je suis l'or, simulacre étrange de la vie,

Prolongement de l'énergie, Que l'homme — propageant l'élan primordial — Conçut pour insuffler une âme subalterne

A la matière qu'il gouverne, A ses créations de fibre et de métal.

Je circule parmi les rêves Et par moi les désirs hors des terroirs s'élèvent, Matérialisés en fantasques moissons

D'œuvres d'art, de maisons,

De vin clair qui chatoie, D'instruments et de pain, de bijoux et de soie.

Je suis un rayon de soleil Qui paraît et métamorphose, Autour de l'homme, toutes choses:

Une source chantante en un boudoir vermeil, Un amas de charbon en écheveaux de laine, Une plaque de bronze en essaim de phalènes.

Je suis une vibration Qui répercute au loin l'effort de la matière: Une machine impose au fer des torsions,

Le ciseau tombe et fend la pierre, Et par moi, quelque part, s'allongeront des bras, Des outils couperont, la vapeur luttera.

Je suis une idée en voyage Qui se fait acte, puis de l'acte se dégage.

Je deviens cuir ou bloc de plomb Dont on tire de l'or pour quelque randonnée. Je suis un mouvement né d'un autre, fécond, Dans le rythme éternel des forces alternées.

J'accours où voltige l'espoir, Où les dieux ont juré de capter l'eau mouvante Et d'enchaîner la flamme au fond des antres noirs. Je luis, et des cités s'étalent, débordantes, Il rôde dans les champs de grands trains annelés, La vie est dans les yeux, des blocs sont descellés.

Puis, tout à coup, les murs fléchissent, les fenêtres

Semblent des orbites de morts.

On se demande avec angoisse: Où donc est l'or ? Je suis caché dans l'ombre, inutile à mes maîtres;

Leur foi seule était mon soutien :

Ils ont tremblé, je ne suis rien.

{Les Alternances)

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