BLANCHEUR
C'est la neige tourbillonnante Qui voltige dans l'air, mousseline vivante, La neige qui s'arma, dans l'extase du froid, D'une beauté trop loin de la vie et traîtresse, La neige pleine de caresses, Si douce au pas quand elle choit.
ALPHONSE BEA UREGARD
Ceux-là dont le sang bout dans les veines, les forts, Devant la blancheur qui s'amasse
Songent aux glissements rapides sur la glace, Aux rudes chasses dans le nord,
Aux descentes vertigineuses dans les côtes.
Pour eux l'hiver se fait le plus charmant des hôtes.
Dans l'hiver détesté, les faibles, les vaincus Sentiront des couteaux s'incruster en leurs membres.
Il y aura d'atroces chambres
Où pâtiront des enfants nus.
Des gorges râleront le malheur des poitrines, La fièvre écrasera les débiles échines.
La neige omniprésente impose sa splendeur
A l'infini des champs, aux bois dominateurs.
Dans les chemins comblés, marqués par les seuls arbres,
Où court la poudrerie en nuages sifflants,
On trouvera demain des cadavres de marbre.
Mais que les corbillards seront beaux dans ce blanc!
(Les Alternances)
Alonzo Cinq -Mars
BIBLIOGRAPHIE. — En vers : De l'Aube au Midi (Québec, Édition de la Tour de Pierre, 1924). Mise au point {plaquette hors commerce). A publié des vers dans plusieurs journaux de France et du Canada.
Nous avions demandé à un ami très intime de M. Alonzo Cinq- Mars de vouloir bien nous fournir quelques notes biographiques sur ce poète. Voici, textuellement, ce qu'il nous a répondu :
((Alonzo Cinq- Mars, de Québec, vient de la campagne, comme la plupart des vrais Québecquois. Il naquit en 1881, à Lotbinière, et vécut la plus grande partie de sa jeunesse au Cap Santé. Passa plus de temps sur les bancs de sable du Saint-Laurent que sur les bancs de l'école. Fut envoyé au Petit Séminaire de Québec par ses parents,
qui voulaient en faire un prêtre. Trompa ces pieuses espérances et ne fut pas même avocat. Ne fit que du journalisme. Rime depuis sa plus tendre enfance. A dispersé des vers ça et là dans divers journaux, sous le pseudonyme de Zo Marsal.
On sentira, à lire M. Cinq-Mars, qu'il réussirait très bien les livres à la manière de Paul Géraldy.
Il a fait longtemps du journalisme, tantôt à Montréal, tantôt à Québec. Traducteur aux Débats de la Chambre des Communes, à Ottawa, depuis 1925. Partage ses loisirs entre la poésie et la sculpture. On peut voir au Musée provincial, à Québec, une série de ses bronzes de poètes canadiens.