F.-X. GARNEAU
Je cours, voltige,
Dans mon manoir,
De tige en tige
Jusques au soir; Dans la rose, Doux séjour!
Je repose Jusqu'au jour.
Et quand le jour commence, S'offre pour me baigner La perle qui balance Aux branches d'églantier.
Et puis sur la colline Où brillent cent couleurs, 1 Je joue et je butine ,1 Dans le parfum des rieurs.
Sur le sein du zéphire Je me berce en riant, Et quand son souffle expire Sur le coteau brûlant,
Sous ombrage De moissons Ou feuillage De buissons,
Fraîcheur, silence,
Je trouve alors;
Sans que j'y pense,
Là je m'endors.
Douce vie Suis ton cours,' Et fleurie Sois toujours.
Si l'hirondelle Tente souvent Route nouvelle Au firmament,
Toujours l'orage Grondant tout bas Et le naufrage Suivent ses pas.
Moi, moins superbe Et glorieux, Sur un brin d'herbe Je suis heureux.
Et la tempête, Suivant son cours, Loin de ma tête Passe toujours.
On vit chez l'homme
Audacieux
Le front de Rome
Toucher les cieux.
Mais sur la terre Passe Attila, Dans la poussière Rome croula.
D'où je folâtre Au sein des champs, Sur leur théâtre Je vois les grands.
Tandis qu'en proie Aux noirs pensers, Leur tête ploie Sous les dangers,
Sans souci, sans alarmes, Je coule en paix des jours Embellis par les charmes De célestes amours.
NAPOLÉON A UBIN
Libre comme l'haleine Des inconstants zéphirs, Partout je me promène Au gré de mes désirs.
Sans que je m'inquiète, Oui, déjà j'aperçois Ma poussière indiscrète Avec celle des rois.
Papillon Que l'aurore Fit éclore Au gazon, Je cours, voltige, Dans mon manoir, De tige en tige Jusques au soir; Dans la rose, Doux séjour!
Je me repose Jusqu'au jour.
Napoléon Aubin
L'œuvre poétique d'Aubin consiste en quelques pièces publiées dans les journaux du temps.
Napoléon Aubin naquit à CMne-les-Bougeries (Suisse), en 1812. Arrivé au Canada en 1834, il fondait trois ans après (1837) le Fantasque, journal satirique dont le succès fut, tout de suite, considérable. Jeté en prison avec son imprimeur tors de la seconde insurrection (1838), force lui fut, cependant, d'en interrompre pour quelque temps la publication. En 1843, il fondait le Castor, qu'il abandonna par la suite pour passer à la rédaction du Canadien. Il est aussi le père d'une autre feuille, la Tribune, qu'il fonda en 1862 pour servir d'organe canadien-français au ministère MacDonald-Dorion. Napoléon Aubin mourut à Montréal, en 1890.