‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 15 sur 241 · LE DERNIER HURON · texte numérisé non relu

LE DERNIER HURON

Triomphe, destinée! enfin ton heure arrive,

O peuple, tu ne seras plus.

Il n'errera bientôt de toi sur cette rive Que des mânes inconnus.

En vain le soir du haut de la montagne J'appelle un nom, tout est silencieux.

O guerriers, levez-vous, couvrez cette campagne, Ombres de mes aïeux!

Mais la voix du Huron se perdait dans l'espace

Et ne réveillait plus d'échos, Quand, soudain, il entend comme une ombre qui passe, Et sous lui frémir des os.

Le sang indien s'embrase en sa poitrine; Ce bruit qui passe a fait vibrer son cœur. Perfide illusion! au pied de la colline C'est l'acier du faucheur!

Encor lui, toujours lui, cerf au regard funeste

Qui me poursuit en triomphant.

Il convoite déjà du chêne qui me reste L'ombrage rafraîchissant.

Homme servile! il rampe sur la terre; Sa lâche main, profanant des tombeaux, Pour un salaire impur va troubler la poussière Du sage et du héros.

Il triomphe, et semblable à son troupeau timide

Il redoutait l'œil du Huron ; Et lorsqu'il entendait le bruit d'un pas rapide Descendant vers le vallon, L'effroi soudain s'emparait de son âme; Il croyait voir la mort devant ses yeux. Pourquoi dès leur enfance et le glaive et la flamme N'ont-ils passé sur eux ?

Ainsi Zodoïska, par des paroles vaines,

Exhalait un jour sa douleur.

Folle imprécation jetée aux vents des plaines, Sans épuiser son malheur.

Là, sur la terre, à bas gisent ses armes, Charme rompu qu'aux pieds broya le temps. Lui-même a détourné ses yeux remplis de larmes De ces fers impuissants.

Il cache dans ses mains sa tête qui s'incline,

Le cœur de tristesse oppressé.

Dernier souffle d'un peuple, orgueilleuse ruine Sur l'abîme du passé.

Comme le chêne isolé dans la plaine, D'une forêt noble et dernier débris, Il ne reste que lui sur l'antique domaine Par ses pères conquis.

Il est là, seul, debout au sommet des montagnes,

Loin des flots du Saint- Laurent; Son œil avide plonge au loin dans les campagnes Où s'élève le toit blanc.

Plus de forêts, plus d'ombres solitaires; Le sol est nu, les airs sont sans oiseaux; Au lieu de fiers guerriers, des tribus mercenaires Habitent les coteaux.

Que sont donc devenus, ô peuple, et ta puissance

Et tes guerriers si redoutés, Le plus fameux du Nord jadis par ta vaillance,

Le plus grand par tes cités ?

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