‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 163 sur 241 · MISSISSIPI · texte numérisé non relu

MISSISSIPI

Et c'est donc toi, vieux Fleuve, au long duquel mes rêves S'égaraient autrefois, si romantiquement, Lorsqu'en classe, bien sage, — mais si loin pourtant De la chambre, chaude de soleil et d'élèves, — Avec le sombre et sourcilleux Chateaubriand, Haut cravaté, je me promenais sur tes grèves . . .

Déception ! Ce flot troublé de caïmans,

Tumultueux parmi les vignes et la menthe,

La verte canne à sucre, la troupe bondissante

De buffles, et surtout, oh! surtout, les flamants

Roses, les papillons semés d'yeux amarante,

Les mines de lapis-lazuli . . . Beaux romans

De l'émouvant René, que ma mémoire héberge

Si jalousement à l'encontre du. . .progrès,

Ce soir, couleur de suie et d'étain et de grès,

Laissez que je vous dise adieu, sur cette berge

Où de noirs paquebots profilent leurs agrès

Dans le brouillard lourd d'où, morne, une usine émerge.

(Poèmes de Cendre et d'Or)

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